Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.


Me voici devant le château que je suis venu visiter. Les volets tous fermés indiquent que si visite il y a (ce qui n'est pas sûr du tout) ce sera dans le noir. Pas bien encourageant, mais sait-on jamais, quelques rares rayons de lumière filtreront peut-être à l'intérieur. Un accès frontal étant hors de propos vu les orties et les grilles, je fais le tour du domaine, cherchant un accès qui me permettra d'approcher le magnifique édifice à la façade plutôt bien conservée (vu d'ici en tout cas).



A mon grand étonnement, entrer dans l'enceinte est d'une simplicité enfantine. Se faufiler entre les arbustes, les branchages et les buissons demande par contre un tout petit effort. On sent que le domaine est laissé à l'abandon depuis longtemps. A part un chemin plutôt visible, le reste est une jungle à travers laquelle on ne voit pas du tout la grande bâtisse, ni rien du tout en fait. Je progresse un peu au petit bonheur en me dirigeant vaguement vers le château. En chemin je passe devant deux ou trois arbustes écorchés. Les traces partent du sol et ne vont pas plus haut qu'un petit mètre. Je pense à petit un animal à cornes, type biquette. Est-ce que je vais tomber sur ce genre de bestiole ? Ca m'est déjà arrivé (photo ici), ce serait cocasse. Sur mon parcours je croise une table (d'écolier ?) laissée là en pleine jungle. Drôle d'endroit pour tomber là-dessus.






Le jour de cette visite, il fait chaud, et même très chaud, plus de vingt-cinq degrés. C'est probablement pour cela qu'au détour d'un arbre, je suis arrêté par une odeur très forte, assez incommodante. Pensant trouver un reste de couche usagée ou autre chose de crade, mes yeux tombent sur un vieux bassin rempli d'eau croupie. M'approchant doucement, je distingue une forme que j'ai du mal à distinguer au début. Sac plastique gonflé ? Ballon  ? Continuant à inspecter la chose de plus près, je me rends compte que je suis en fait face à un cadavre d'animal.






Un cadavre d'animal, que je pense être un cochon au début, à cause du petit sabot qui dépasse. Puis je me souviens des arbustes écorchés vus un peu avant et pense à une biquette. Une mignonne biquette qui a du s'aventurer dans cette jungle et voulu se désaltérer un peu vu la chaleur, puis a glissé et n'a pas pu remonter. La forte odeur de décomposition et les mouches virevoltant au-dessus de la pauvre petite indiquent qu'elle n'est pas là depuis longtemps. C'est presque si elle était tombée quelques heures avant que je n'arrive.

Je suis déjà tombé sur des cadavres d'animaux dans des lieux abandonnés, et ça fait vraiment un drôle d'effet. Une maison en ruine procure un sentiment de mélancolie. Un cadavre d'animal, pour peu que ce soit un chat, un chien, un cerf ou une biquette, c'est directement la mort. Pas de poésie, pas de romantisme des lieux où la végétation reprend ses droits. Juste la mort. Pas mal comme accueil pour ce début de visite...

Après m'être faufilé entre des arbustes un peu piquants, j'approche en vue de ce qui semble être l'ancien corps de ferme du vieux château. Faisant gaffe à ne pas faire trop de bruit (le lieu a l'air complètement abandonné, mais on ne sait jamais) je passe devant ce qui ressemble à un grand bassin surélevé, rempli de terre. Probablement un ancien bac à plantes, légume ou autre.

Le corps de ferme est en vue. De loin, plusieurs petites maisons semblent avoir été construites les unes à la suite des autres sans grand souci d'organisation. Ce n'est pas un labyrinthe, mais chaque bloc est un peu différent des autres. Pour ajouter à l'ambiance un peu bric à brac, de nombreux débris traînent un peu partout : pneus, landau, meubles etc. Comme si il y avait eu un squat, et que tout avait été dégagé au dehors. Est-ce que des gens squattent encore ici ?



Me voici devant la maison la plus loin du château. Et elle est fermée. J'ai beau ouvrir des volets par endroits, tout est mûré. Soit des parpaings, soit du placo. Mais en tout cas impossible d'entrer. C'est un peu frustrant, j'aimerais tant savoir si il y au moins encore quelque chose là-dedans. Tant pis, je continue.

Petite surprise sympa : une petite serre, qui, elle, est parfaitement accessible. Il n'y a plus grand-chose dedans, mais c'est marrant d'y trouver un vieux moniteur. Les espèces de motifs géométriques sculptés dans la pierre sous le moniteur sont originaux, et sympathiques.







Une fois sorti de cette petite serre encombrées de lianes, et encerclée d'arbres, je me dirige vers la suite, en remarquant au loin une entrée de maison… En chemin, je croise d'autres détritus (pneus, extincteur, fringues etc). Je me demande si c'est de la dégradation ou des restes de squat évacué.








L'entrée de cette bâtisse a beaucoup de classe. Cela à beau n'être qu'une sortie de service, elle est joliment décorée alors que ce pourrait être une simple porte, finalement. Autour de cette entrée (dont l'accès est condamné), d'autres trucs au sol : seaux, fauteuils, balais, chaises…





La promenade continue : me voilà en vue du château vu en début de page. Sur la gauche, un autre corps de ferme ne m'inspire pas trop confiance vu les traces de squat aperçues un peu avant. Le lieu a l'air désert mais un pressentiment m'interdit d'aller voir ça de plus près. Mon regard continue vers la droite et rencontre une arche, condamnée avec des briques rouges. Juste après, un autre bâtiment se présente, mais impossible d'y accéder. Je continue mon exploration en m'engouffrant entre deux petites maisons encore un peu à droite.

D'anciens clapiers ? On dirait bien. Cette partie de la ferme est particulière, on dirait que chaque bâtiment a été rajouté une dizaine d'années après l'autre, d'où des changements de styles un peu étranges. Meulière, pierre de taille, parpaing, béton… Comme ailleurs sur le site, la végétation a tout envahi.





Ci-dessous, le grand arbre poussant en plein de milieu est assez fantastique.

A un endroit, je tombe sur un arbre plus petit présentant les mêmes écorchures vues un peu plus haut. Derrière, d'autres arbres présentent des stigmates similaires.



Ci-dessous, une échelle mène à une antique citerne complètement rouillée.


A travers une vitre je remarque des petites poules en peluche. Je vois d'autres choses intéressantes au travers  : meubles, objets, magazines, et plein d'autres choses qui attisent ma curiosité. Malheureusement impossible d'entrer. Le fait qu'un lieu soit (en apparence) aussi bien sécurisé (parpaings, placo) est étrange vu l'environnement très à l'abandon tout autour. Je ne tente pas de pénétrer dans ces maisons et me dirige vers le château…







Je passe devant les décombres d'un ancien kiosque, ou cabane, je ne sais pas trop. Du matériel était peut-être entreposé là dans le temps, il y a longtemps. On ne le voit pas très bien sur la photo mais un arbre est tombé sur le toit de la maison, la fendant en deux parties.

Longeant un grillage en très mauvais état à la recherche d'un trou pour éviter un brin d'escalade, surprise : un cheval ! Un cheval blanc, au loin, paisiblement occupé à se promener, broutant des touffes d'herbes ici et là, au p'tit bonheur. Biquette, cheval… Ca commence à faire du monde. Le lieu est-il utilisé comme ferme ?

Je n'ai pas trop le temps de me poser la question car je vois débouler à une dizaine de mètres de moi un troupeau de biquettes, boucs et béliers. Il y en a moins dix, et ils s'approchent de moi, me dévisageant à travers le grillage, curieux de voir quelqu'un se promener ici. D'abord un peu surpris, je décide de continuer mon chemin, cherchant un passage, et me disant qu'elles n'oseront pas me suivre, trop peureuses. Grosse erreur : j'arrive à un endroit où le grillage est complètement ouvert, idéalement ouvert pour que le troupeau de biquettes s'y engage.

Et c'est ce qui se produit : je rebrousse chemin, revenant tranquillement sur mes pas, et constate que les bestioles me suivent à une distance d'environ dix mètres environ. Elles ne sont pas agressives. Elles s'arrêtent de temps en temps pour fureter à droite à gauche, se régalant de branches, grattant leurs cornes aux arbustes (d'où les écorchures) et me laissant même les prendre en photo sans m'embêter. Drôle de rencontre, surtout à une dizaine de mètres du bassin où se trouve celle que j'ai vue en arrivant sur le domaine...









Après quelques instants à photographier tout ce petit monde, je me dirige à nouveau vers le château. Une dizaine de mètres après avoir passé le trou dans le grillage, je tombe sur la glacière du château. L'intérieur est assez petit, il n'y a pas de grand trou comme c'est le cas d'habitude. Des épaves de bouteilles vides trainent au sol. Je ressors et vais vers le château en me demandant si je vais revoir le cheval blanc…

Tiens, on dirait une sorte de détecteur de mouvement. Est-ce qu'il fonctionne ? Vu ma proximité avec le boitier, il est un peu tard pour s'en assurer. Continuons.

Me voilà enfin arrivé derrière le magnifique bâtiment vu au tout début de cette page. Sera-t-il possible d'entrer dedans ? Y'aura-t-il un volet ouvert ou un accès via la cave ?

Et non, le château est malheureusement bien fermé... Comme le Château des Oiseaux Bleus. Volets fermés, et plaque soudée par-dessus. J'ai beau chercher un moyen, je ne peux que me rendre à l'évidence et accepter le fait que je ne verrais pas l'intérieur de ce château. Je me dis ça dans ma tête en me promenant le long de la façade tandis que de nouvelles biquettes viennent me tenir compagnie.







Il ne me reste plus qu'une chose à voir d'un peu plus près : Artax. Je décide de nommer ainsi le cheval blanc aperçu plus haut. Pourquoi Artax ? Car la biquette morte m'a rappellé la scène où Artax meurt dans les Marécages de la Mélancolie de «L'Histoire Sans Fin». Je repensais à cette biquette noyée quand j'ai aperçu le cheval blanc au loin. Noyade dans un marécage, cheval blanc... Il n'en fallait pas plus pour avoir en tête ce film. Ci-dessous, le bel Artax - bien vivant, lui. J'ai pu l'approcher d'assez près, ce fut un instant assez magique, pas du tout "urbex" évidemment, mais une jolie rencontre quand même pour clore cette visite.





Ci-dessous une vue aérienne de 1958 permettant de se faire une meilleure idée du site. J'ai colorié le château (orange), la serre (verte) et le bassin au cadavre (bleu). Evidemment, là, c'est en 1958, aujourd'hui on ne voit plus que de la végétation comme nous le verrons plus bas.

Ci-dessous, une vue de 1965. J'ai colorié les bacs/bassins sur le droite. Un de ces bassins est encore sur place, c'est celui que j'ai vu au tout début de ma visite. Sur cette vue on voit bien que c'est un peu le bazar du coté des petites maisons imbriquées les unes dans les autres.




Ci-dessous, 1999. On voit déjà que le domaine n'est plus trop entretenu.
L'endroit où l'on trouvait auparavant les quatre bassins a changé : c'est à présent un parking.




Enfin, une vue datée de 2007, mais illustrant parfaitement bien le lieu tel que je l'ai visité en 2016 : envahi de végétation, à l'abandon, rouillé, en décomposition... Après une rapide recherche j'ai compris pourquoi j'avais croisé Artax et les biquettes. Evidemment, pour des raisons de conservation et de sécurité (pour les visiteurs, mais également pour les animaux) je n'en dévoilerais pas la raison.








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