Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.


Je connaissais ce lieu depuis un petit bout de temps mais je n’avais jamais pris le temps de faire la route pour le visiter. Lorsque je vis que j’avais enfin deux ou trois autres lieux à proximité, je fis le déplacement, et, coup de chance, ce jour-là il faisait beau comme jamais : pas de pluie, pas de neige, pas besoin de se soucier du froid, de la boue… Après être entré sur le domaine où était situé le vieux château, je vis sur ma droite ce que l’on retrouve quasiment toujours dans ce genre d’endroit : une ferme. A force de visiter des lieux de ce style, on sait toujours à quoi s’attendre, et j’avoue que pour cette visite, rien ne m’a vraiment surpris. Par contre, ce fut un bonheur d’explorer une ruine de ce type sans apercevoir de dégradations volontaires flagrantes. Le site était visité, ça se voyait, mais on pouvait presque s’imaginer être le premier à y venir depuis des années. Presque, c’est pas si mal. Ci-dessous, la vue une fois sur place. A droite, la ferme, et à gauche, le château, que nous explorerons un peu après…

J’ai écrit un peu plus haut que cette visite ne m’avait pas trop surpris : c’est à moitié vrai. Juste à coté de la ferme, il y a une autre maison. La voici ci-dessous. Du jaune, du rouge, du lierre, le tableau est vraiment sublime et pour le coup, je ne pensais pas du tout découvrir ça en venant.

L’intérieur de cette maison rouge et jaune n’est pas extraordinaire, mais si l’on regarde bien, on trouve pas mal d’objets, et surtout aucuns tags ou dégradations apparentes, et ça c’est plutôt cool. Presque comme si les personnes qui venaient sur place respectaient le lieu. La première pièce de la maison comporte un canapé et des fauteuils, signe évident que des gens se font un petit squat tranquille ici. Le reste de la maison est vide, avec un étage en très mauvais état.








Une fois sorti de cette maison, je me dirige vers le corps de ferme, très beau lui aussi, avec un petit garage à proximité, des clapiers à lapins, un enclos etc. Encore une fois, rien que je n’ai déjà vu auparavant durant mes précédentes explorations, mais le tout est vraiment bien conservé, et visuellement c’est assez splendide avec tous ces objets qui sont encore là.















Dans la partie «habitation» de ce corps de ferme, une curieuse salle à manger est toujours en place. Bouteilles, vaisselle, restes de repas… Je n’arrive pas à me décider si cette installation est authentique ou juste une mise en scène destinée à créer de «fausses» photos, mais la poussière et l’état de décomposition du tout a un certain charme. A l’étage, de petites pièces vides côtoient d’autres petites pièces vides.









Il est à présent temps de se diriger vers l’objet principal de ma visite : le château. Et de loin, il a l’air plutôt en bon état. Est-ce que ce sera le cas une fois à l’intérieur ? Aucune idée, mais visuellement la façade est pour le moins sublime avec ce lierre grimpant le long du mur, ces fenêtres, ces volets… Passant devant l’entrée principale, je remarque un panneau. M’attendant à y découvrir quelque chose du style «Propriété privée» ou «Accès interdit», je suis surpris de lire «Ne pas approcher - Danger». L’intérieur doit sûrement être en très mauvais état pour qu’il y ait ce genre d’écriteau, et la suite va très vite me le confirmer.










Faisant le tour de l’ancienne bâtisse, j’aperçois une extension en demi-cercle vraiment jolie avec ses deux piliers et ses arches, donnant un petit coté château-fort pas déplaisant du tout. Juste à droite, je vois une ouverture : c’est par là que j’entrerais, mais pas avant d’avoir vu la façade arrière du lieu.

Triste spectacle en contournant le château : la toiture semble avoir pris un grand coup dans le nez, et la lumière que je vois passer entre certaines fenêtres me laisse penser que le plancher a disparu à pas mal d’endroits… Malgré le coté mélancolique de cette dégradation, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un coté poétique à voir la nature recouvrir ce lieu, pour l’avaler (et finalement le mettre par terre).



Il est à présent temps de découvrir l’intérieur de la bâtisse. Après être très facilement entré, je découvre comme prévu des salles vides, mais surtout bien délabrées, les intempéries ayant fait beaucoup de mal à la structure : plancher effondré, murs se fissurant, humidité… Par endroits il est même compliqué de se frayer un chemin entre les poutres, les gravats, les restes de mobilier à présent défoncés.










En levant la tête, je constate l’absence de plancher dans presque toutes les pièces. Si l’escalier est encore debout, y monter ne servira probablement pas à grand-chose.





Ci-dessous, d’autres photos de l’intérieur ravagé du château. Rien de particulier à dire, à part que je souris un peu en apercevant ce siège de toilettes presque suspendu dans le vide.
















Je trouve ce qui reste de l’escalier. Si il est possible de grimper au premier étage (et n’avoir accès à rien, vu que le plancher a disparu), monter au deuxième est vraiment une opération de kamikaze, d’ailleurs je ne le fais pas, préférant rester en vie.



Ci-dessous, levant les yeux au ciel dans une des pièces, quelle surprise de découvrir l’intérieur d’un dressing dans lequel pends encore une robe ! Typiquement le genre de vision que l’on peut soit trouver complètement belle, soit au contraire un peu flippante, surtout que ce jour-là une petite brise fait tanguer la robe, mais aussi les rideaux du château…

Dans une des pièces, surprise, un vieil aspirateur traine au milieu des gravats. Nulle doute qu’il faudra de longues heures de boulots avant d’aspirer tout ce qui traine ici… Autre surprise : sur une poutre effondrée, je découvre un intéressant "1298" mais également une inscription, que je n’arrive pas trop à déchiffrer clairement : «TYD» ? Une référence ? Après avoir posté la photo sur Twitter, je reçois un message : "Mon grand père était charpentier et je crois savoir à quoi correspondent ces symboles. Ce ne sont pas des lettres mais des pictogrammes qui sont dessinés sur chacune des poutres avant d'être assemblées pour savoir où elles doivent aller et par rapport à quelles autres poutres." Merci Five ! Autre information : "A l'époque ils faisaient pas mal de récup en construction (surtout qu'il y a eu des pénuries de bois) donc c'était courant de réutiliser les poutres de d'autres édifices. Une même poutre pouvait servir pour plusieurs bâtiments successifs." Merci Shadi ! Le "1298" pourrait donc très bien ne pas être une date, mais le numéro de la poutre (qui pourrait en plus pu provenir d'un autre bâtiment).



Enfin, cette visite se termine par le bruissement des arbres que j’aperçois à travers les arches de l’une des ailes du château. Le contraste entre la vitalité de l’environnement ce jour-là et la pesanteur de ce lieu voué à lentement s’écrouler sur lui-même est saisissante. Sortant du château, je me demande depuis quand il est là, qui y a vécu, et surtout, si il sera encore longtemps visitable vu son état de décomposition.





Ci-dessous, une vidéo réalisée sur place, sur une musique de Lone Runner.

 

Maintenant, un peu d'histoire. Ci-dessous, le plan du cadastre en 1788. Ce qui est en jaune n'existe plus, tandis que ce qui est en vert existe toujours. Mes recherches m'ont appris que le château avait été construit au milieu du XIXème siècle (sur les fondations d'une villa antique). Si on regarde le plan ci-dessous, une chose saute aux yeux : le château qui existait en 1788 avait la même forme (sur le plan) que le château présenté en photos plus haut, l'aile sud est exactement au même endroit et a la même forme. Alors est-ce que le château date en fait de 1788 ? Ou est-ce que la version que j'ai visité en urbex-chateau-oratoire-2018 est une copie actualisée de celui de 1788 ?

Par la suite, le château fut la propriété de plusieurs familles. A la fin du XIXème siècle, le propriétaire du château décède et lègue le lieu aux tuberculeux. Un compte-rendu de Conseil Municipal de cette époque indique que le projet suscita des protestations d'ordre sanitaire de la part de la ville dont dépendait le château, et le projet tomba à l'eau pour (à priori) se transformer en asile pouvant accueillir une vingtaine de femmes, asile qui est inauguré au tout début du XXème siècle.

Lors de cette inauguration, un Comte (Membre de l'Académie Française) invite les autorités municipales et les habitants de la commune. Un chœur est chanté par un groupe d'orphelines et la réunion se termine par un goûter auquel vieilles femmes et jeunes filles (pensionnaires de l'asile) prennent part. Suite à cette inauguration, une petite plaquette en bronze est éditée, représentant le château au loin sur la gauche, puis deux profils sur la droite : celui du propriétaire du château ayant légué le lieu aux tuberculeux, et celui de ce qui est sûrement sa femme. Ci-dessous, la plaquette, puis trois photos anciennes du château. La première photo représente le lieu lorsqu'il était un asile, tandis que la troisième semble montrer le lieu à l'abandon (ou du moins pas entretenu au moment de la photo).






Encore une photo ancienne ? Ci-dessous une belle image montrant l'oratoire du château (lieu consacré à la prière pour invoquer la protection divine). Il ne reste aujourd'hui de l'oratoire que les trois arches aperçues lors de ma visite. Je les remets à la suite de cette image.



Que se passa-t-il au château par la suite ? Le lieu fut racheté par une SCI dans les années 50 et serait à l'heure actuelle (urbex-chateau-oratoire-2018) une réserve de chasse. Ci-dessous, alors qu'il feuilletait un magazine de 1936 sur le 34ème Concours Lepine, Bruno reconnut le château dans un article. Merci pour ces deux documents !






La première vue aérienne que j'ai pu trouver montre le domaine en 1947. Tout est entretenu et plutôt propre. A cette époque le lieu est-il toujours un asile ? Ou est-il redevenu une propriété privée ? Aucune idée, mais la vue suivante (1963) donne une information intéressante : les vergers ne sont plus cultivés. Les deux vues suivante (1965 et 1968) montrent une situation similaire.







Ci-dessous, nous voici en 1986, 1987, 1996. Ces trois images montrent des arbres poussant devant la façade du château, signe que le lieu n'est plus en activité. Entre 1968 et 1986 on remarque que les arbres ont envahi l'ancien verger, le rendant complètement invisible.





Ci-dessous, d'autres vues : 1997, 1999, 2001, 2003, 2006, 2010, 2011 et 2016. Sur toutes ces vues, le lieu est de toute évidence abandonné, mais la pelouse autour du site est entretenue (les arbres sont même abattus entre 2006 et 2010). Le château étant de toute évidence livré aux intempéries, il continue de se dégrader. En 2003 on remarque un arbre poussant sur le toit. Enfin, entre l'image de 2016 et ma visite (urbex-chateau-oratoire-2018) la toiture a pris un sérieux coup dans l'aile. Les étages devaient encore être accessibles entre ces deux années.















Enfin, petit détail amusant : le cadastre actuel présente une petite erreur : la partie actuelle avec les arches est au sud et non au nord. (Dans le carré vert, la "bonne" version".)





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