Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.


Flashback direction 1990 : Je suis Scout, enfin, plus précisément «Louveteau». J'ai une belle chemise jaune, un foulard bleu, j'apprends à construire des cabanes, monter une tente, me servir d'une boussole, faire une table à feu… Des années merveilleuses pleines d'excellents souvenirs et dénuées de tout prosélytisme religieux.

Un week-end, nos «Chefs» nous emmènent camper en forêt comme c'était le cas à peu près chaque mois (si ma mémoire ne me joue pas des tours). Je me souviens avoir passé deux jours dans un lieu fantastique : un fort militaire abandonné ! Mes souvenirs sont assez vagues mais en fermant les yeux je revois un lieu assez vaste avec plusieurs cours, de hauts talus, nos tentes installées au milieu du fort...

Je me vois descendre en rappel dans un ancien conduit d'aération. Je revois de sombres couloirs, des tunnels reliant les cours, et surtout, je me rappelle avoir exploré (en cachette, pendant un moment de libre) un des tunnels avec trois ou quatre camarades. Un couloir assez profond au bout duquel nous avions vu quelque chose qui m'a marqué. Est-ce que ce que nous avions vus là-dessous serait toujours là après tout ce temps ? C'est ce qui a motivé cette visite et qui a fait que je suis parti seul dans la forêt cet après-midi du 12 Novembre 2016.



Arrivant sur place, ce qui me frappe en premier c'est la taille du fort. Je me souvenais d'un lieu immense, mais après en avoir fait le tour je me rends compte qu'il ne s'agit pas de la gigantesque forteresse de mes souvenirs. Evidemment, quand on est petit tout parait plus grand, mais là, je me demande si je suis vraiment au bon endroit tant la différence me déçoit depuis mes yeux d'adultes. Est-ce bien le même fort ?



En me promenant au sommet de la construction abandonnée je vois un petit chapeau en béton, très certainement une ancienne petite aération maintenant bouchée. Je vois aussi une ancienne cheminée dépassant de la végétation. J'aime beaucoup ce genre d'environnements, c'est ce qui fait que j'avais adoré visiter la Batterie de la Pointe ou le Fort du Haut-Bouc.



Je me dirige vers les nombreuses entrées de tunnels murées aperçues du haut du talus. Le lieu ayant été condamné en 1994, les parpaings n'étaient probablement pas là en 1990, mais là encore, j'ai beau creuser ma mémoire, impossible de me souvenir si les entrées étaient condamnées ou non.





Remontant là où j'ai vu les petites aérations (chapeau de béton et tuyau) je découvre de bien plus grosses aérations : seraient-ce les puits d'aération où nous étions descendus en rappel ? Ci-dessous, un puits circulaire (évidemment fermé, vu sa dangereuse profondeur), et juste à coté, à quelques mètres, la même chose, mais version carré. Le fort étant symétrique, il y a la même chose de l'autre coté : même cour, et deux autres puits d'aérations (un rond, un carré).







Ci-dessous, un puits d'aération pris en photo à la Batterie de la Pointe en 2002. Dans mon esprit les puits étaient coiffés d'une structure métallique. Est-ce qu'ils ont depuis été modifiés en 1994 quand le fort a été condamné ? Ou est-ce que mon cerveau a remplacé le souvenir de 1990 avec ce que j'ai vu en 2002 à la Batterie de la Pointe ? Difficile à dire, mais après avoir discuté de choses que j'étais persuadé d'avoir vécues avec des amis qui n'étaient en fait pas là j'ai appris à ne plus trop faire aveuglément confiance en ma mémoire.

Faisant le tour du fort, je constate qu'il y a (visuellement) deux types d'entrées au cas où l'on voudrait s'aventurer à pénétrer le fort : 1) celles dans les cours, murées, que nous avons vu plus haut, et 2), celles à moitié masquées par la terre accumulée devant. Je me souviens parfaitement de ces entrées recouvertes de terre. Elles étaient là en 1990, je me revois très bien inspecter ces trous de souris en compagnie de mes camarades de l'époque, dévorés de curiosité à l'idée d'explorer ces mystérieuses galeries. Ci-dessous, une de ces entrées «trou de souris».

Ci-dessous une image montrant ce qui est aujourd'hui recouvert de terre, avec une flèche indiquant le trou de souris. Si on enlevait la terre, on se retrouverait avec la même chose qu'avec les entrées situées dans les cours : un mur de parpaings.

Il est amusant de constater que ces trous de souris ne soient pas complètement murés. Pourquoi laisser ces petits passages ? Derrière ces trous il y a un vide d'environ deux mètres avant de toucher le sol. Si sur place il n'y a rien pour remonter je vous laisse imaginer la galère. Ci-dessous, les trous de plus près. Le troisième fait un peu peur avec ces «dents» prêtes à se refermer sur nous une fois entré.





Est-ce que l'une de ces entrées mène au tunnel visité en 1990 ? Ou est-ce que c'est un tunnel situé derrière les entrées murées vu dans la cour un peu plus haut ? Après avoir constaté que les entrées de la première cour sont toutes murées, je me dirige vers l'autre cour, symétriquement opposée.

Dans ma tête, quatre choses me font un peu peur vis-à-vis de ce que je cherche : 1) Il faut absolument que je trouve une entrée non-murée sinon je vais devoir passer par un de ces trous de souris, et ils ne m'inspirent pas confiance. 2) Il y a une chance sur combien pour que j'entre dans le bon tunnel ? 3) Si ce n'est pas le bon, est-ce qu'ils communiquent entre eux, me permettant de rejoindre le tunnel de mes souvenirs ? 4) La chose vue dans mes souvenirs est-elle toujours là ? Après être passé devant de nouveaux trous de souris j'arrive dans l'autre cour et découvre de nouvelles entrées, malheureusement également murées…








Sauf une !




Pourquoi est-ce que cette entrée n'est pas murée ? Qui a pris le temps de défoncer ces parpaings ? Ni une ni deux je fais passer mon sac à dos dans le tunnel, puis plonge dans l'inconnu, tout heureux d'avoir trouvé une entrée facile. Si cette entrée était murée j'aurais tenté un trou de souris, mais je ne l'aurais pas fait de gaité de cœur... Une fois de l'autre coté des parpaings j'allume ma lampe frontale et dis au-revoir au monde extérieur. Ce jour-là, il pleut, ça fait plaisir d'être enfin au sec, mais ça fait également un peu peur de se retrouver dans un lieu obscur, silencieux au possible, et surtout, dangereux. Si il se passe quoique ce soit, combien de temps avant qu'on me retrouve ?

Petit rappel : au cas où vous reconnaissez ce fort ou si vous le retrouvez après une petite recherche, ne faites évidemment pas ce que je fais ! Le but de mon site est de vous faire partager mes expéditions pour que vous puissiez vous évader sans avoir à vous déplacer, pas de vous inciter à faire pareil.

Ci-dessous, l'entrée du tunnel. Il avance de quelque mètres puis tourne sur la droite. La luminosité a été accentuée sur la photo, en réalité c'est vraiment très sombre. Au sol, divers débris parpaings, pierres, bouts de bois et restes de squats.

Après avoir fait quelques pas je me retourne et aperçoit l'inscription «I SEE YOU». Je ne pige pas trop la croix rouge sur la gauche mais j'aime bien la phrase écrite, c'est un peu comme si le fort nous parlait, savait que l'on vient l'explorer etc.

Après avoir marché une dizaine de mètres après le virage, je tombe sur un obstacle. Pas un truc insurmontable, on peut se faufiler à gauche ou à droite. Est-ce un éboulement ? Pas du tout. On a juste pris soin de déverser de la terre dans un ancien puits d'aération (le gros tas au sol) puis on a coulé du béton dedans, formant une longue colonne probablement visible en surface, et dont on aperçoit la base au sommet du petit talus sur la photo.



Après avoir contourné le remblai, le couloir continue sur trois ou quatre mètres puis oblique sur la gauche. Au plafond, je découvre de très nombreuses racines assez sympathiques. Il faut se baisser un peu sinon elles vous chatouillent la tête. Avec ma casquette je m'en fiche mais ça doit être assez flippant de sentir ces choses vous gratouiller les cheveux, dans le noir, entouré de silence.

Enfin, après avoir tourné sur la gauche, le choc : vu le nombre d'entrées possibles il y avait une chance sur dix que je sois dans le bon tunnel, et… c'est le bon ! Devant moi, toujours là depuis 1990 (et très probablement avant vu qu'elle était dans le même état à l'époque) je découvre ce que j'avais vu lors de ce fameux week-end : une carcasse de voiture complètement cramée. Vingt-cinq ans plus tard je suis bien au même endroit. Ca fait vraiment bizarre.

Je me souviens alors qu'étant enfant j'avais pris un bout de papier pour faire un plan de ce tunnel, et je m'étais inquiété de «sortir des limites du fort» car au lieu de parcourir un couloir horizontal menant à d'autres couloirs nous nous étions enfoncés sous la terre, et assez loin pour «dépasser» du fort. Cela coïncide parfaitement avec ce tunnel qui descend dès l'entrée, tourne à droite, descends encore, tourne à gauche et finis en cul de sac dans une salle avec deux petits renfoncements de chaque coté.

Après coup je me dis il y avait peu de chances que la bagnole ait disparu : qui aurais pris la peine de déplacer une épave ? Mais l'entrée de ce tunnel aurait très bien pu être condamnée comme les autres, je n'aurais pas pu voir cette voiture et serais resté là à me dépatouiller avec mes souvenirs. Au lieu de ça j'ai redécouvert ce lieu. Un endroit pas gigantesque mais que j'ai envie de revenir explorer pour cette fois-ci voir ce qui se cache au fond de ces trous de souris... Ci-dessous un dessin me représentant, à gauche en 1990, à droite en 2016.



Mise à jour : Le monde est vraiment tout petit, il se trouve que Meganums a exploré ce lieu en 1988, y a fait du rappel, mais également des photos ! De précieux documents qu'il m'a envoyés, et qui me permettent un peu de mettre de l'ordre dans ma mémoire. Ci-dessous, on commence avec deux photos de descente en rappel.






Ci-dessous, la photo sur la droite (1988) montre un des puits d'aération circulaire, et qu'est-ce qu'on voit dessus ? Un petit chapeau métallique comme ceux de la Batterie de la Pointe (2002) à gauche ! Ma mémoire n' m'avait donc pas trompé, ils étaient bien là lors de mon week-end scout.




Ci-dessous une photo qui montre les entrées d'une des deux cours, non murées ! C'était vraiment ouvert au quatre vents à l'époque. Dans une de ces entrées on voit une autre voiture cramée (et criblée de balles), avec ce qui semble être une autre épave derrière.






Autre point important dont je ne me souvenais absolument pas : en 1988 les douves n'étaient pas comblées, il y avait donc des ouvertures un peu partout. Je me souviens vaguement qu'un soir nous avions diné avec nos chefs dans une des pièces du fort, et qu'on pouvait voir au dehors par des ouvertures : c'était très certainement dans une pièce comme celle de la deuxième photo ci-dessous. On notera sur la première photo que le lieu était quand même super dangereux à l'époque : on pouvait très facilement tomber du sommet du fort directement dans les douves...






Enfin, on termine cette série de photos de 1988 avec des grafs montrant que le fort était plutôt bien décoré à l'époque. Je n'ai pas retrouvé ces salles en visitant le lieu. Est-ce que tout a été effacé ? A voir lors d'une prochaine visite…


















Encore un grand merci à Meganums pour ces documents !
Vous pouvez voir des photos du lieu en 2005 et 2015 en cliquant ici.

19 Novembre 2016. Nous sommes pile une semaine après ma première visite au cours de laquelle j'ai redécouvert ce lieu qui a marqué mon enfance. Il fait un peu froid, mais contrairement au temps gris et pluvieux de la première expédition j'ai droit à un magnifique ciel bleu et aux rayons dorés du matin. De quoi bien me motiver pour explorer un peu plus le fort, en profiter autant que je peux, faire d'autres photos dans d'autres salles, et avec cette fois-ci des bougies !



Ci-dessous, l'esplanade située au milieu du fort, le lieu parfait pour un pique-nique... Y'a pas à dire, l'automne est vraiment une saison magnifique. Pas de retouche, rien, juste le lieu tel qu'il est, dans sa beauté naturelle.







Etant arrivé assez tôt, je prends le temps de vérifier certaines choses. Ayant fait ma propre carte à partir d'un (minuscule) plan trouvé sur Internet et de mon propre relevé de la semaine d'avant, je sais où trouver les entrées que l'on pourrait facilement rater en passant juste à coté. En voici une ci-dessous, malheureusement inaccessible. A ce sujet il y a d'ailleurs deux types d'«inaccessible» : soit l'entrée est bouchée comme c'est le cas sur cette photo, soit il est possible d'entrer comme un furet, mais pas forcément de ressortir si à l'intérieur il n'y a rien de prévu pour remonter.

J'escalade le fort et arrive à l'un des puits d'aération vus la semaine d'avant. Objectif : arriver à entrer là-dedans, explorer ce qui peut l'être et ramener de belles photos. Les bougies que j'ai apportées vont me servir pour la zone que je compte explorer, mais également pour faire une - je l'espère - chouette photo de l'épave au fond du tunnel que je n'ai pu éclairer qu'avec ma lampe frontale lors de la première visite...

Ci-dessous, le puits d'aération circulaire situé juste à coté du puits ci-dessus. Est-ce qu'une fois là-dessous les deux puits sont reliés par une même salle ? Un tunnel ? Une galerie ? C'est ce que nous allons voir…

Je descends le talus et arrive en vue de l'entrée située juste à coté du puits que l'on voit sur la photo. Je me dirige vers le trou de souris, regarde dedans et aperçois une lumière éclairant la pièce. Une lumière provenant… du puits ! Allez, descendons là-dedans…

Et voilà, il n'a suffit que de quelques secondes pour descendre, et me voici probablement dans une des salles où je suis descendu en rappel il y a longtemps. Ou bien était-ce la salle située sous le puits carré ? Aucune idée, mais je suis vraiment heureux d'être là-dessous, en toute tranquillité pour y faire mes photos. Un rayon de soleil passe à travers le trou de souris et éclaire un bout de la photo. Je repense à Indiana Jones dans la fameuse «Salle de la Maquette» où il utilise le Bâton de Ra pour découvrir l'emplacement du Puits des Âmes. Allez, sortons les bougies, et c'est parti pour une première photo.

Ci-dessous, le puits vu d'en bas. Un très court instant je me dis que ce serait rigolo que quelqu'un me voit là-dessous, soit surpris et se demande ce que je fais là-dessous. Il se retournerait et appellerait ses amis en disant «Eh venez voir y'a quelqu'un !», je m'esquiverais alors dans le noir, entendant la personne essayer de convaincre ses amis en disant «J'te jure j'ai vu quelqu'un !»

Je découvre une salle située juste à coté du puits circulaire. Ci-dessous, au fond, impossible de ne pas savoir d'où vient la lumière, c'est bien évidemment le puits carré. Juste à coté, un mince couloir bas de plafond (derrière le mur à gauche de la photo) permet d'y accéder de manière plus pratique que de passer par l'ouverture carrée au centre de l'image. J'installe mes bougies et constate qu'avec le temps l'enduit recouvrant les murs de la salle s'est en allé, faisant possiblement disparaitre les graffitis ou fresques prises en photo par Meganums en 1988.

Ci-dessous, nous voici au fond du puits carré. Impossible de ne pas penser à l'entrée de la Station Cygne de LOST - sans l'échelle. Etait-ce par là que je suis descendu en rappel ou dans le puits circulaire ? Peut-être que des amis s'en souviendront.

Cette partie du fort ne menant à aucune autre salle, je me dirige vers le prochain trou de souris. Encore une bonne surprise : on peut facilement y entrer, et sur place il y a même une échelle pour ressortir. Juste après la photo, une image montrant ce que l'on voit si on se retourne. Le couloir où je me trouve permet d'accéder à deux salles. L'une d'elle est murée, mais l'autre est ouverte, et dedans tout a été aménagé pour faire un parfait petit squat à l'abri du monde extérieur.



Ci-dessous, à gauche : ouvert, à droite : fermé !

Sur une pile de parpaings je trouve un livre à moitié brûlé. Il s'agit de «101 Avenue Henri Martin», Tome II de «La Bicyclette Bleue» de Régine Deforges, paru en 1983.

Une fois cette zone finie, je prends la direction du tunnel où j'ai redécouvert l'épave il y a une semaine. L'entrée est toujours aussi facile. Je pose une bougie sur l'entrée et immortalise ce moment, songeant aux belles photos que je vais faire en disposant des bougies tout autour de la voiture, ou dedans, comme si de la lumière émanait d'elle. Ci-dessous, la fameuse entrée menant à l'épave située dans les profondeurs du fort.

J'entre dans le tunnel, puis dès que je suis assez dans le noir (juste après le virage sur la droite) j'installe une première bougie, fais cinq pas, en pose une autre, puis une troisième, quatrième… Juste après avoir fait cinq nouveaux pas, alors que je m'apprête à poser la cinquième bougie, je me retourne pour contempler mon petit effet et vérifier que les bougies sont bien toutes alignées. Je constate alors que la quatrième bougie s'est éteinte. Sûrement un petit courant d'air ?

Je remonte vers elle, approche le briquet, puis la rallume Je retourne alors vers l'emplacement où je compte poser la cinquième bougie, me retourne : rebelote, la quatrième bougie s'est encore éteinte. Etrange. Un problème de bougie ? Première fois que je fois ça. Je rallume la bougie pour la deuxième fois, mais cette fois-ci je reste à coté pour voir ce qui va se passer. Elle s'éteint en cinq secondes. Voici une photo où l'on voit bien la bougie en train de s'éteindre.



L'explication est simple : pas assez d'air. Pour les trois premières bougies, aucun souci, ça va, mais à partir de l'emplacement de la quatrième bougie, impossible d'avoir une combustion normale. Je laisse la quatrième bougie éteinte et en pose une cinquième cinq pas plus loin pour voir quelque chose : au niveau de la cinquième bougie c'est carrément le briquet qui refuse de s'allumer.

Je repense alors aux photos de Meganums et au fait qu'en 1994 les douves du fort ont été comblées. Avant, les ouvertures (aujourd'hui bouchées) de la salle de l'épave donnait sur le fond des douves. Il y avait donc de l'air qui entrait. Aujourd'hui, tout est tellement bouché que cette zone n'est pas assez alimentée en air, du moins pas pour des bougies. Je me retourne et me dirige vers l'espèce de talus me séparant de la pièce où se situe l'épave. Je le passe rapidement en le contournant puis arrive à la voiture. Ici je refais le test : impossible d'allumer le briquet.

Constatant qu'il me sera impossible de faire la photo que je comptais faire dans les entrailles du fort, je repense à la première expédition où j'ai fait une photo avec ma lampe frontale : je suis bien resté une demi-heure dans cette salle ce jour-là. Une demi-heure dans une salle sans air, et je ne m'en étais pas rendu compte, m'éclairant avec ma lampe frontale et non des bougies. Peut-être que comme la météo était pluvieuse l'air était différent dedans ? Ci-dessous, un plan de situation, pas à l'échelle, mais comme ça les choses sont un peu plus claires.



Près de l'épave, seul dans le noir, et un peu déçu à l'idée de ne pas pouvoir faire les photos que je voulais faire, je réalise alors une chose que je n'avais pas remarquée depuis cette histoire de bougie éteinte : mon cœur bat vite, très vite. J'attends une minute ou deux pour voir si ça va passer, mais ça ne passe pas : il bat la chamade alors que moi, dans ma tête, je me sens très bien. Mon corps est-il en train de m'avertir que quelque chose de dangereux pourrait m'arriver ?

Je sens alors ma respiration s'accélérer alors que je me tiens debout depuis quelques minutes sans rien faire. Une sensation vraiment bizarre qui m'inquiète un peu. Haletant, je me vois alors m'évanouir, là, dans cette salle complètement sombre. Je me vois évanoui, ce qui me fait pas mal peur, mais je me vois aussi mort, n'ayant pas pu être ranimé par d'éventuels secours arrivés trop tard.

N'ayant jamais ressenti ça avant, je suis trop stupéfait pour réagir immédiatement. Je vois alors défiler dans ma tête les visages de tous mes proches (très particulier comme expérience) et me dis que ça serait complètement stupide de rester ici alors que mon corps est en train de m'ordonner de me barrer à toute vitesse. Je sors de la salle à grands pas, passe le talus, arrive au niveau des trois bougies encore allumées, puis m'assoit dans le virage, là où il y a de la lumière et de l'air.

Dix minutes passent durant lesquelles je respire lentement et profondément, mon cœur reprenant peu à peu son rythme normal. Je regarde au fond du tunnel, admirant les trois bougies allumées, et décide de faire une photo souvenir de cette expérience inédite et assez flippante. Ci-dessous, au fond, la zone sans air.



Une fois dehors, je remonte sur le talus et contemple tout d'un œil nouveau : le soleil d'automne, le parfum de la forêt… Tout est beau à l'extérieur. Je ne sais pas s'il aurait pu m'arriver quelque chose de grave là-dessous mais je suis heureux d'avoir déguerpi avant de le vérifier.

Si vous avez lu ce texte jusqu'ici, si vous avez cherché et découvert l'emplacement de ce fort, si vous comptez vous y rendre, je vous demande solennellement de ne PAS faire ce que j'ai fait. Les zones souterraines du fort explorées avant (celles où j'ai fait des photos avec les bougies) ont de l'air, mais ne descendez PAS dans le tunnel de l'épave. Le coup des bougies indique clairement un danger de mort. Je le redis une deuxième fois : ne faites pas ce que j'ai fait.



Ci-dessous, des vues aériennes. Il n'y en a pas des masses car le lieu est vraiment difficile à voir avec les arbres poussant dessus. On commence avec une photo datant de 1953, et sur laquelle on voit bien les deux cours «fermées» en haut à gauche et en haut à droite, et les deux cours «ouvertes» en bas à gauche et en bas à droite. Des tunnels relient chaque cour fermée à une cour ouverte. On distingue une masse à coté du terrain dégagé au milieu : aujourd'hui elle n'existe plus comme nous allons le voir plus loin. (Les vues sont cliquables pour les voir en plus grand.)

Ci-dessous une belle vue de 1965 prise en hiver, ce qui nous permet de voir un peu mieux la typographie du lieu. Les cours sont un peu plus difficiles à voir mais on constate la disparition au milieu de l'espece d'abri visible sur l'image d'avant. Sur cette vue on distingue très bien les quatre puis d'aération (deux carrés, deux circulaires). Ces puits sont aujourd'hui encore là, évidemment bien fermés pour éviter toute chute. Sur l'image on voit également des camions/voitures garés dans une cour, devant un des abris.

Ci-dessous, 1969. Le lieu a l'air un peu déserté. J'aime bien cette image car on voit bien à quoi ressemblaient les entrées aujourd'hui murées. (Voir dessin après.)

Enfin, ci-dessous, voici à quoi ressemblait le fort lorsqu'il fut condamné en 1994.






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