Le Château des Quatre Saisons
Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerai pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.
Cette page présente des photos d’un château en ruines prises lors de deux visites : la première eut lieu en Janvier 2015 tandis que la deuxième eut lieu en Aout 2026. Mais avant de commencer, un peu d’histoire.
Construit sous le Second Empire de 1854 à 1861, la construction de ce château fut commandée par la veuve d’un industriel textile, durant l’âge d’or de cette activité (XIXème siècle). L’intérêt architectural de l’édifice est, comme vous le verrez plus bas avec les photos prises en 2026, son perron flanqué de quatre splendides atlantes et cariatides symbolisant les quatre saisons. Ci-dessous des cartes postales anciennes prises au début du XXème siècle. Sur certaines, j’ai pris la liberté de colorier en vert les cariatides afin de montrer leur emplacement.
Durant la Deuxième Guerre Mondiale, les caves du bâtiment sont un refuge pour la population qui s’y protège pour échapper aux combats durant la Libération. Ci-dessous des vues aériennes montrant le site en 1951, 1961, 1968 et 1970 :
Toujours debout à la fin de la guerre, le château cesse d’être habité en 1972 et tombe dans l’abandon. Ci-dessous des superbes vues aériennes montrant le site en 1978. On voit bien l’édifice ceinturé d’arbres poussant tout autour.
Au fil des années divers projets de conservation ou rénovation sont proposés mais aucun ne se concrétise. Au début, lors de ma visite en 2015, je pensais que le château avait subi un incendie mais il n’en est rien : en consultant les vues aériennes on voit que c’est au fil des intempéries que la toiture s’est peu à peu dégradée, jusqu’à s’effondrer totalement. Ci-dessous des vues aériennes allant de 1979 à 2014 :
Janvier 2015, année de ma première visite, en compagnie de Carlos, Iloé, Antoine, Rémi et Aurélien. Ce jour-là, pas un habitant en vue, à peine une voiture passant toutes les cinq minutes. Il fait froid et l’herbe givrée craque agréablement sous nos pieds. Traversant le petit pont menant au site, je suis amusé par le caractère pimpant des barrières jaunes contrastant fortement avec l’aspect lugubre du château au loin. Les mêmes que l’on voit sur les cartes postales anciennes !
Passant un doigt sur des gouttes d’eau accrochées à quelques arbres dénudés je constate qu’elles sont dures : on a beau secouer un peu la branche, tout est figé. Sensation sympathique (et poétique) qu'autour de nous le temps s'est arrêté.
Bien pointue et rouillée, la grille face au château ne donne pas envie de l’escalader. Un trou à un endroit pourrait être utilisé mais il est bien trop près d’une maison habitée... Heureusement, nous voyons rapidement un passage sur le côté.
Devant nous apparaît alors une des deux dépendances jouxtant le château. L’absence de tags confère une personnalité propre à l'endroit : pas un graf pour nous rappeler que des gens sont venus ici laisser une trace de leur passage. C’est presque comme si nous étions les premiers à le visiter après des années de dégradation naturelle. Sentiment très grisant renforcé par tous les arbustes poussant sur ce qui reste de la toiture et le lierre très présent - comme souvent.
Quelques vitres sont encore là malgré les intempéries, la végétation et les pierres qui s’effritent. L’intérieur, même ruiné, doit être sympathique et donne très envie d’entrer. Problème : il y a bien trop de ronces pour que nous puissions passer. Rebroussant chemin, nous essayons d’entrer par le moindre trou présent, mais le constat est le même : la nature ne veut pas que nous entrions ici. Il arrive que l’on vienne explorer un endroit abandonné et que l’on finisse par repartir bredouille. C’est un peu pénible vu que l’on se fait forcément pas mal de films en route quand le lieu est beau. Mais c’est la vie ! Je reviendrais plus tard…
Aout 2026. Planifiant des vacances dans la région je réalise que l’endroit nous nous logerons est à 20 minutes de voiture du site. L’occasion de tenter de le visiter à nouveau est trop belle. C’est ainsi que par un beau matin, onze années plus tard, je me rends sur place pour tenter de documenter le site. Aucunes ronces ! Pénétrant cette fois-ci très facilement dans l’enceinte du château je commence par documenter les deux dépendances du château, du moins ce qu’il en reste.
Et si l’état de délabrement du site est manifeste, comment ne pas trouver sublime cette ruine avec cette fantastique lumière d’été qui s’accorde si bien avec ces vieilles pierres, ces visages sculptés… Jetant des coups d’œil à l’intérieur du château, je constate que la visite sera assez rapide car il est littéralement impossible d’entrer dans la bâtisse vu son état. Je prends donc quelques photos à travers les fenêtres avant de me diriger vers le point d’intérêt de ce lieu : les cariatides.
Quelques pas plus loin, les voilà, les belles cariatides que nous avions vues sur Internet en 2015 et qui nous avaient motivés à nous rendre sur place. Les cariatides que nous n’avions pas pu photographier au cœur de l’hiver à cause des ronces. Onze années plus tard, par une chaleur à crever, me voilà face à elles. Majestueuses, splendides, les mots me manquent, mais surtout je suis étonné : ni tags ni dégradations volontaires. Quel spectacle… Dire qu’elles sont toujours là un peu plus de cent soixante années après la construction du château !
De gauche à droite nous pouvons contempler les quatre saisons : printemps, été, automne, hiver, quelle beauté ! Depuis le temps que je pratique l’exploration urbaine je me rends compte qu’il y a un critère précis (parmi d’autres) qui fait que je viendrais visiter un lieu plutôt qu’un autre, et c’est le fait qu’il y ait quelque chose d’unique sur place.
Ici, c’est fantastique, et je ne peux m’empêcher de penser une fois de plus que si c’est déjà beau en photo, c’est surtout «en vrai» que la magie opère. Car il y a les cariatides, certes, mais il y a aussi les branches qui bougent, les feuilles qui bruissent avec le vent, et surtout le fait que nous devions lever la tête pour contempler ces quatre splendides saisons... Une expérience impossible à rendre «en vrai». Au moment où j’écris ces lignes je me rends compte que j’aurais du faire une vidéo contemplative. Tant pis !
Les quatre saisons d’un peu plus près :
Enfin, avant de ranger mon matériel je réalise que pour mieux rendre compte de la taille des cariatides ce serait pas mal de poser face à elles... C’est toujours bien quand il y a une échelle humaine pour ce genre d’endroit. Installant rapidement l’appareil et le trépied je lance le retardateur, et cela donne la photo ci-dessous. Que deviendra le château et les cariatides ? Je ne le sais pas, mais je sais qu’au moins il en restera de nombreuses traces via les nombreuses personnes venues avant moi documenter ce château. C’est mieux que rien.
Epilogue : une fois sorti du site je m’assoie sous un arbre et allume mon drone afin de documenter depuis les airs ce qu’il reste du château. Malheureusement pour moi le drone refuse de décoller, problème de ventilateur interne qui ne marche plus… L’image ci-dessous n’est donc pas de moi, mais de Jeroentaal, qui m’a aimablement autorisé à l’utiliser sur cette page. N’hésitez pas à aller voir son reportage en cliquant ici ou sur l’image !