Le Château Lindaco
Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerai pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.
Un petit retour en arrière est nécessaire pour connaitre le contexte de cette visite. En petit retour en… 2016 ! A cette époque je repère un château qui semble à l’abandon, à la lisière d’un petit bois pas déplaisant du tout, le tout en périphérie d’une ville de banlieue… M’y rendant (seul, ce que je ne conseille pas) et filant tout droit à travers la végétation vers mon objectif, je constate avec une certaine frustration que le bâtiment est bien fermé. En souvenir, je prends tout de même une photo (ci-dessous) du hall à travers les barreaux fixés contre la vitre de l’entrée principale. Vu la beauté du hall, je me dis que l’intérieur du château doit être fantastique. Je me prends à rêver des différentes salles… Puis, bien que la frustration de ne pas pouvoir entrer soit extrême (bien que ça fasse partie du jeu) je me dis aussi que, d’une certaine façon, le site est préservé, et c’est pas plus mal :
Si le château n’est pas visitable, le reste du domaine, lui, l’est. Quelque temps plus tard je publie donc un reportage montrant ce que j’ai pu documenter en ce jour de 2016 : l’ancienne orangerie, deux habitations, un petit château d’eau plein de lierre… Bon, pas extraordinaire, mais au moins ça aura eu le mérite de me forcer à visiter ce qu’il y avait autour du château. Si celui-ci avait été ouvert je ne sais pas j’aurais été curieux au point d’explorer tout le domaine autour (ni si j’en aurais eu le temps). Dans mon reportage, si je mentionne le beau château, je prends cependant soin de ne pas montrer sa façade car elle donnerait son emplacement. Le reportage de 2016 est en ligne sur ce site mais pour préserver le lieu je ne donnerai pas de lien vers celui-ci.
Dix années plus tard, nous voici en 2026 et je reçois un message privé d’un contact explorateur urbain. Ce dernier, qui a eu la gentillesse de venir me voir à mon expo à l’Ecomusée de Fresnes en 2024/2025, me propose d’aller explorer un château à l’abandon. Consultant les photos qu’il m’envoie, et découvrant sa localisation, je réalise qu’il s’agit du château que j’ai tenté de visiter dix années plus tôt ! Voyant qu’il est désormais accessible, nous prenons rendez-vous, et quelques jours plus tard c’est donc en compagnie de SomeHeavyOcean (et Gleis, que je ne connaissais pas) que nous nous rendons sur place.
Premier constat : si en 2016 le château était inaccessible, la lumière éclairait tout de même le rez-de-chaussée. En 2026, tout est plongé dans le noir suite aux multiples protections posées sur le bâtiment. Une fois à l’intérieur, c’est avec un petit vertige que je réalise que je me trouve bel et bien dans le bâtiment que j’ai tenté de visiter en 2016. Dix années, le temps passe si vite.
Le château a-t-il changé entre temps ? A-t-il été squatté, tagué, vandalisé etc ? Comme je n’ai pas pu le visiter à l’époque, je n’ai pas de moyen de comparer... Mais une chose est sûre : évoluer dans ce rez-de-chaussée plongé dans le noir alors qu’en cette matinée d’avril il y a une lumière pas possible dehors, c’est une drôle d’expérience. Et il n’y a pas que la lumière, il y a la température : il fait diablement frais là-dedans ! Sortant mon matériel, je me mets à documenter le silencieux bâtiment, essayant de faire au mieux dans cette obscurité. Une obscurité heureusement pas totale grâce à la lumière venant du premier étage, et qui arrive via le hall, sublime avec ce sol, ces colonnes et cet escalier en parfait état. Curiosité : certaines pièces ont toujours un peu de mobilier dedans. Est-ce une mise en scène ? Cela se pourrait bien, mais ça n’est pas criant comme dans d’autres lieux que j’ai visité dans le passé.
La visite continue en gravissant les marches du bel escalier. Arrivé au palier, nous voyons trois fauteuils installés près de la fenêtre. Très probablement une mise en scène, mais qu’importe, je trouve que ça passe très bien, cela donne une ambiance de solitude assez particulière, avec ces fauteuils posés là, qui attendent... Quel contraste alors qu’au dehors on entend les oiseaux du printemps s’en donner à cœur joie !
Quelques pas plus loin je visite plusieurs pièces, certaines complètement vides, d’autres contenants quelques traces, quelques «survivants» de l’abandon. Au moment de son abandon le château était un siège social. Pas étonnant donc de découvrir des fournitures de bureau, des tampons, des affiches, un vieux téléphone à cadrant qui pendouille… Ici et là, de très belles cheminées ainsi qu’un insolite escalier métallique menant au deuxième étage.
C’est via l’escalier de service que nous accédons au deuxième étage. Ici aussi nous traversons de vastes volumes (vides), mais à titre personnel ça me va très bien, je m’estime déjà très heureux (et chanceux) de pouvoir me promener dans ce château que je n’avais pas pu visiter en 2016. Nouveauté par rapport au premier étage : des infiltrations dans la toiture ont fortement endommagé le plafond de certaines pièces et le couloir principal. Etaient-elles là en 2016 ? Aucune idée, mais si l’on veut retaper le bâtiment il y va y avoir quelques travaux à prévoir…
Au bout du couloir, une salle tranche avec les autres : c’est la salle des reprographies ! Incroyable que dans ce château où pratiquement tout a disparu (bien qu’il y ait pas mal de mobilier à la cave) il reste encore des photocopieuses (antiques) ainsi qu’un massicot et même une machine à photos dont le nom m’échappe (celle avec le soufflet rouge). Inspectant les curieuses machines, des noms cryptiques apparaissent : Gestetner, PFE1193, Junghans…
Dans la pièce, une petite porte largement ouverte mène au grenier. Un grenier pas inintéressant avec cette vaste charpente rappelant (à moindre échelle) celle de Notre-Dame, ou de l’église St Sulpice que j’ai eu la chance de visiter il y a longtemps de ça. Dans un coin de ce niveau, une pile d’archives traine, en vrac, dernier témoin de l’activités qui régnait dans le château. A côté de ces archives je découvre une curieuse machine à la fonction inconnue… Regardant son nom, je découvre qu’il s’agit d’une machine à organiser des documents, des magazines etc. La marque ? LINDACO, de fabrication Suédoise. C’est ainsi que se termine la visite de ce château endormi. Sera-t-il rénové un jour ? On ne peut que le souhaiter.