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Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension. |
2017. L’arrivée sur place est tout simplement magnifique : traversant la rivière, nous contemplons les deux immenses cheminées que nous avions aperçus de loin avant d’arriver sur place, émergeant de la forêt telles de sombres totems. Face à l’immensité du site et sa beauté, nous redoutons que le site soit gardé, et nous longeons le grillage en croisant les doigts pour trouver un passage. Après une dizaine de minutes à marcher le long de la voie ferrée, bingo, un accès. Marchant à pas de loup dans les hautes herbes, nous jetons en permanence des coups d’yeux à droite à gauche afin de voir si le site n’est pas surveillé. Evitant les allées centrales, nous nous dirigeons vers le plus grand bâtiment : quitte à se faire attraper, autant réussir à explorer celui-là avant ! |

Une fois à l’intérieur, le spectacle est à couper le souffle. Les yeux ne peuvent embrasser d’un seul regard la perspective démesurée de cette pièce, qui est d’ailleurs plus qu’une pièce ou un hall, nous baptisons directement ce lieu «La Cathédrale», un nom qui lui va comme un gant avec cette hauteur sous plafond, ces fenêtres un peu partout, sa couleur aussi, et surtout, tout au fond, j’aperçois une structure rouillée qui pourrait bien être le clou du spectacle. Après avoir précautionneusement marché sur une planche et gravi des escaliers rouillés peu rassurants, me voilà au sommet des anciens silos au fond de la cathédrale, et de là-haut, la vue sur l’intérieur de la pièce est tout bonnement incroyable (et déconseillée si vous avez facilement le vertige). En bas, mes camarades d’exploration ne font pas plus de deux centimètres. Me retournant, je vois alors de plus près la curieuse structure rouillée que j’avais vue de loin : on dirait un ancien radiateur. Réalisant qu’il serait bien trop dangereux d’aller le voir de plus près, je le photographie de loin et sourit en imaginant qu’il ressemble à un vieil orgue industriel. Situé tout en haut de la cathédrale, imposant et quelque peu lugubre avec ces tuyaux sortant de part et d’autre de son corps, je me mets à imaginer une symphonie industrielle sortant de ces entrailles. Une musique régulière, massive et dissonante. Les usines ont leur propre musique après tout. |
La visite continue avec d’autres bâtiments tout aussi massifs et présentant également des points de vue saisissants si l’on prend le temps de grimper à leur sommet. Immenses halls, escaliers tournant autour des silos, passerelles métalliques incertaines, toit où pousse de la végétation… |

C’est réellement fou de se promener tranquillement dans un lieu aussi silencieux alors qu’il devait être très bruyant lorsqu’il était en activité. La couleur grise autour de nous me donne l’impression de visiter un cimetière, et je me mets à penser au moment où ce complexe industriel disparaitra. Impossible de ne pas faire un parallèle avec l’Usine Renault sur l’île Seguin, rasée en 2004, et dont il ne reste aujourd’hui que des photos. Il existe de très nombreux livres sur les châteaux, mais où sont les livres sur ces usines qui furent le lieu de travail de milliers de personnes travaillant dans des conditions harassantes, et que l’on rase sans aucune considération ? |
Ci-dessous des photos prises sur place par Iloé : |
Anecdote : au cours de notre visite, nous remarquons des tags en arabe. Trouvant curieux de voir des tags dans cette langue sur un site pareil, je fais une petite recherche à propos de l’histoire de cette usine, et quelle n’est pas ma surprise de voir qu’un épisode de la série «Homeland» y a été tourné ! Un épisode dans lequel l’usine est utilisée comme décor pour figurer la Libye : cela explique donc les tags en arabe, mais aussi divers faux murs en carton-pâte aperçus sur place… J’ai également appris que parmi ces tags, certains dénonçaient le racisme de cette série, leur signification ayant échappé à la production ne vérifiant pas leur signification. Ci-dessous des captures de l’épisode de «Homeland» dans lequel on reconnait bien l’usine : |




Mais ce n’est pas tout ! Une scène de la trilogie «Hunger Games» fut tournée sur place : |




Enfin, une scène dfu film «Monuments Men» fut tournée sur place : |

Ci-dessous l’illustration réalisée pour le livre «Urbex Europe» : |

L’histoire de cette usine nous emmène au début du XXème siècle. Conçue pour produire du ciment, l’usine servit à produire de la bauxite synthétique de 1939 à 1944 lorsque les Nazis utilisèrent le lieu pour l’effort de guerre. Après l’arrivée des Russes en 1945, l’usine fut démantelée, mais dès 1950 elle reprit vie, cette fois-ci pour fabriquer des produits à base de phosphate. Au cours des 7 années qui suivirent, l’usine fut agrandie et de nouveaux bâtiments construits. La réunification sonna la fin du site, comme pour de nombreuses autres usines. Le dernier repas eut lieu en 1999. Ci-dessous des vues aériennes allant de 2001 à 2023 : |








