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Situé à St-Jouin-Bruneval, le «Clos des Fées» fut construit entre 1902 et 1914 par Louis Besnard (1873 - 1962), fils du peintre Albert Besnard (1849 - 1934) et de la «Belle Ernestine» (Aubourg) (1841 - 1918). Né en 1873, Louis Besnard a 29 ans en 1902 quand il décide de faire édifier le «Clos des Fées» autour d’un manoir déjà présent sur place à l’époque, ou «sur les restes d’un manoir» selon d’autres sources. Selon une autre source (que j’ai perdu) il «tient à ce que le château soit plus haut que l’église». Achevé en 1914, de somptueuses réceptions seront données au «Clos des Fées». Sarah Bernhardt vient sur place. Comme son père, Louis Besnard est peintre (portraitiste et auteur d’aquarelle et de pastels) et architecte, mais il sera surtout Maire de St-Jouin-Bruneval de 1912 à 1925. Ci-dessous des photos probablement prises au début du XXème siècle : |









En 1926, Louis Besnard, ruiné (par la construction du château d’après un source que j’ai perdu) part s’installer dans les Yvelines. Il vend le château à la «Société Foncière d’Etretat» qui le revendra en 1931 à la «Fondation du Bon Pasteur», mais le lieu ne sera pas occupé avant 1935, année à laquelle les «Dames de la Providence de Sanvic» y installent un pensionnat pour orphelines. Une autre source dit c’est la congrégation religieuse «Saint Thomas de Villeneuve» qui y installe le pensionnat. Louis Besnard décède à Paris en 1962. Ci-dessous deux vues aériennes du site datant de 1973. Le château semble en bon état et entretenu vu les jardins situés près de la rue, et le parc en haut de l'image. Les deux vues aériennes suivantes datent de 1974 et 1975. |




En 1978 le «Clos des Fées» devient laïc et héberge
une colonie de vacances. |



Ci-dessous une vue aérienne du site en 1980 : |

En 1984, un propriétaire privé (Xavier Maillet) rachète le château. Je n’ai pas réussi à trouver précisément ses dates de naissance et de mort car il existe beaucoup de personnes portant le même nom. Un article du Washington Post du 7 Février 1987 décrit l’atmosphère entre Maillet et le Maire (Joseph Delahais) comme très houleuse. Selon l’article, le Maire Delahais aurait voulu racheter le «Clos des Fées» mais Maillet (habitant à St-Jouin-Bruneval depuis 1982) l’achète le premier. Toujours selon l’article, le nouveau propriétaire possédait «un lion dans le placard de sa chambre, des pythons et une paire de gros chiens, sans compter un élevage de rats pour nourrir les pythons et quelques poneys.» Maillet voulu ouvrir un restaurant dans une aile du château mais le Maire s’y opposa. Maillet affirma qu'une fois toutes les autorisations nécessaires obtenues, il avait perdu toute envie de tenir un restaurant. La suite de l’article témoigne bien de l’ambiance exécrable entre Maillet et le Maire Delahais. Un grand merci à Stéphanie Prieur qui a déniché cet article ! Pour le lire dans la langue désirée, cliquez sur une des deux images : |
Faute de rentrées d’argent, Maillet n’effectue pas les travaux d’entretiens nécessaires à la survie du château. En 1990 un incendie le détruit partiellement. Maillet continue-t-il à vivre dans le château par la suite ? Je n’en ai pas la certitude, mais il semble qu’à partir de cette période il vive dans une caravane installée sur le site du château. Ci-dessous des vues aériennes du site allant de 1999 à 2012, avec les Street View correspondants. |










Nous arrivons à 2015. Ayant entendu parler de ce château atypique,
et voyant qu’il n’existe (à l’époque) aucune photo de l’intérieur
sur Internet, ma curiosité me pousse à venir l’explorer en compagnie
de ma compagne, le tout sans savoir si quelqu’un vit sur place. Je
le redis pour que tout soit bien clair : lors de ma venue en 2015
je ne sais pas si le château est habité, je ne sais pas par où entrer,
bref je ne sais rien. La façade donnant sur la rue est magnifique avec toutes ses couleurs : briques noires, briques rouges, damier… La toiture, bien que très endommagée, est encore très belle, en particulier les deux grandes cheminées et le clocher. Un peu partout, les carreaux des fenêtres sont brisés, donnant un aspect lugubre au lieu. Le château doit être presque invisible en été avec tous ces arbres poussant devant, dedans, dessus, un peu partout. Ci-dessous des photos prises lors de cette première approche : |


Quelques pas plus loin nous trouvons ce qui semble être le point d'entrée : une simple clôture à enjamber. Mais à peine avons-nous le temps de nous diriger vers la clôture qu'une camionnette de La Poste vient pile se garer sur le parking situé en face de l'accès. Pas exactement : le postier ouvre sa portière, reste assis dans son fauteuil, et se met à manger tranquillement un sandwich. Revenant sur nos pas, nous attendons que le postier s’en aille. Coup de chance (pour nous) sa pause déjeuner n’aura duré qu'une vingtaine de minutes. Nous nous dirigeons alors vers la clôture, cette fameuse et simple clôture qui n'est qu'à une dizaine de mètres devant nous. Manque de bol, une autre voiture se gare pas loin, et trois personnes en sortent pour venir photographier le château de l'extérieur comme je l'ai fait quelques instants avant. Ils ne restent pas longtemps, à peine quelques minutes, puis repartent... Bon, on peut y aller cette fois ? Allez, on y va. Arrivés devant la clôture, nous distinguons trois petites caravanes disposées sur un terrain en mauvais état. Le spectacle est assez triste : détritus, palette, déchets divers… |
Nous enjambons la clôture, mais à peine l’avons-nous passé que nous entendons un bruit devant, à côté des caravanes. Un bruit de quelque chose courant rapidement sur des feuilles mortes. Nous entendons alors des aboiements répétés : trois ou quatre jeunes rottweilers arrivent et s’immobilisent à un mètre cinquante de nous ! Ils pourraient nous bondir dessus, mais ils ne le font pas. Cette scène dure à peine cinq secondes. Cinq secondes durant lesquelles nous avons juste le temps d'enjamber à nouveau la clôture, cette fois-ci pour sortir, et nous éloigner de quelques mètres. Bonne surprise : les rottweilers n'ont pas sauté par-dessus la clôture ! Vu qu'ils n'ont pas (apparemment) été dressés que pour aboyer, j'en profite pour en photographier un en souvenir, ci-dessous : |
Constatant qu'il ne sera pas possible de visiter le château, je me console avec ce que je peux photographier depuis la rue, et aperçois un petit panneau que je n'avais pas vu en arrivant sur le site… Et qui nous aurait été bien utile ! |

Bon, eh bien ça ne sera pas aujourd'hui que je visiterais ce château. Tant pis. L'exploration urbaine, ça ne marche pas à tous les coups, et il faut l’accepter. Mais même si le château a l’air très délabré, j'aurais adoré en voir l'intérieur. Allez, direction Etretat pour admirer les falaises et y passer un beau réveillon ! |

En 2022, sept années après ma tentative de visite, je vois passer sur Internet des photos prises à l’intérieur du château, signe qu’il serait (à priori) accessible, et que Maillet n’y habiterait (à priori) plus. Car il est décédé ? Je n’en suis pas sûr à 100%, mais je décide de retourner sur place avec des camarades d’exploration urbaine. A cette époque nous ne savons pas que la ville a racheté le «Clos des Fées» en 2020. Ayant réussi à entrer dans le château et à y faire de nombreuses photos, j’y retourne avec d’autres camarades en 2023 pour compléter ma documentation, et monter le reportage que je vous propose ci-dessous. Remarque : je n’ai jamais posté ces photos sur Internet à l’époque (pour préserver le site du vandalisme, du vol, d’accidents etc) mais en ai publié quelques-unes dans mon livre «Glauque-Land, 25 Ans d’Urbex en France» paru en 2023.J’y reviens plus bas, mais pour le moment je vous invite à découvrir mon reportage, qui débute par les photos d’extérieur ci-dessous. La première chose qui me frappe, c’est l’absence de tags. Vu la grande visibilité depuis la route je pensais y trouver une façade bariolée de tags ou de grafs, mais ici, à mon grand étonnement, c’est une ruine «vierge» qui apparait devant nous. Quelle beauté ! |

Le château possède plusieurs entrées, et c’est par ce que je considère être la petite «entrée principale» que nous entrons. Bien à l’abri dans la demeure endormie, mes camarades d’exploration et moi-même nous estimons chanceux de pouvoir explorer ce site unique, surtout par cette belle journée qui va nous permettre de bien le documenter. A pas lents, je ne me dirige pas tout de suite vers la salle principale (nous la verrons plus bas) mais explore plutôt le petit couloir qui part dans deux directions opposées. Dans un coin, je découvre une chaise sur laquelle sont entreposés des exemplaires du magazine «Le Réverbère» (qui était le journal des sans-abris). Le fait d’y trouver de nombreux exemplaires du même numéro me laisse imaginer que le lieu était servait peut-être de dépôt ? Ou alors l’ancien propriétaire en avait acheté un énorme stock ? Mystère. Regardant mes photos après coup, je regrette beaucoup de ne pas avoir regardé de quand dataient les magazines... Plus loin, je découvre un squelette, mais heureusement pas humain : il s’agit de ce qui reste d’une bicyclette, complètement rouillée et hors d’usage. |
Il est temps de découvrir la salle principale. Entrant avec précaution dans la grande pièce, et la parcourant des yeux, la première question que je me pose est quel était son état en 2015 quand ma compagne et moi nous sommes faits chasser par les chiens ? Était-elle en meilleur état ? Probablement. En tout cas, bien que son état de désolation fasse peine à voir, elle conserve encore toute sa majesté grâce aux quelques (fausses) colonnes soutenant le plafond. Je précise bien «fausses» car si vous regardez au sommet de ces colonnes vous verrez qu’elles sont en fait creuses et possèdent une colonne vertébrale métallique. Si vous avez lu le début de cette page consacrée à l’histoire du «Clos des Fées», vous vous souvenez que le site fut une colonie de vacances à la fin des années 70. A ce moment de la visite je me trouve dans la pièce qui servait de réfectoire, et que l’on voit sur une carte postale ancienne. Quel contraste ! |
Ci-dessous, moment d’émotion en découvrant dans un coin de la grande salle une petite cuisine d’appoint, qui à n’en pas douter devait servir à Xavier Maillet quand il «vivait» sur place. Comme pour les journaux «Le Réverbère» vus plus haut, je regrette de ne pas avoir pris le temps d’inspecter cette cuisine pour essayer de trouver des dates de péremption et ainsi mieux dater ce qui s’y trouvait. Avant de quitter la pièce mon regard est attiré par un petit objet posé au sol : une antique télévision ! Une rapide recherche inversée semble indiquer qu’elle date du début des années 60. |
Non loin de là une autre pièce est remplie de mobilier et d’objets tous désuets et pas mal endommagés suite aux intempéries. La pluie arrivant à pénétrer presque partout dans le château, elle a fait des dégâts colossaux (comme nous le verrons plus loin) mais quelques artefacts du passé ont survécu : une grosse peluche, des bocaux, et surtout un vieux poste de radio frappé d’un autocollant du HAC, pour «Le Havre Athletic Club» (Football) dont la fondation remonte tout de même à 1884 ! Plus d’informations sur Wikipédia. |
Avançant prudemment je visite une autre pièce en bien mauvais état depuis que le plafond s’y est effondré. Progresser n’y est pas évident, mais j’arrive tout de même à photographier les quelques belles choses qui n’ont pas été massacrées : ici un miroir ici, là une fenêtre ovale… Un autocollant sur une vitre indique «Rallye Nationale de Lisieux et du Calvados 27-28 MAI 1989 / Ecurie Augeronne Automobile / Buffet de la Gare Lisieux / Téléphone 31311765». A n’en point douter le rallye a du passer par ici ? Autre détail sympathique : le plancher s’est effondré mais une petite cheminée est toujours là, tenant debout par l’opération du Saint Esprit. En regardant d’un peu plus près on peut y admirer de jolis motifs peints sur les carreaux de faïence. |
Continuant ma visite, j’arrive dans une autre pièce avec un beau carrelage au sol. Tellement beau que, lorsque je m’y attarde, je tombe sur des os ! De gros os qui me font penser aux chiens qui nous ont repoussé en 2015 : est-ce que le propriétaire leur donnait de gros morceaux de viande et que je me trouve aujourd’hui devant les restes ? Vu la grosseur des os, très probablement. Pour rappel, voilà ce qui était écrit dans l’article du Washington Post (et qui est, je pense, à prendre avec des pincettes malgré tout) : «le propriétaire possédait «un lion dans le placard de sa chambre, des pythons et une paire de gros chiens, sans compter un élevage de rats pour nourrir les pythons et quelques poneys.» Me retournant, je découvre un escalier qui a visiblement souffert de l’incendie de 1990. |
Quelques pas plus loin, après avoir passé une porte, je me trouve dans la pièce la plus haute du château. Si de l’extérieur elle m’avait tant fait rêver à l’idée d’en explorer les différents niveaux, il faut pourtant se rendre à l’évidence : il n’y a plus rien (et il ne devait déjà y avoir plus rien en 2015). Est-ce l’incendie de 1990 qui a causé ce carnage ? Je n’y connais pas grand-chose en bâtiment mais je me dis que si le feu était la cause, les murs et ce qui reste de la charpente seraient couvert de suie. |
Le temps nous étant compté, je me dirige vers l’étage, mais sans emprunter l’escalier brûlé vu quelques minutes auparavant. Prudemment, je reviens à mon point de départ, sort du château, passe devant les belles arcades, puis trouve un escalier (en très mauvais état, lui aussi) me permettant d’accéder au niveau supérieur du bâtiment. Durant cette progression je ne peux m’empêcher de penser au niveau de stress que nous aurions eu, ma compagne et moi, si nous avions réussi à entrer dans le château, et si il avait fallu en ressortir rapidement une fois repérés par les chiens… Je découvre une pièce au plafond effondré et un accès au sous-sol du château. Mais je n'y vais pas. Cette belle lumière est bien trop belle pour ne pas en profiter. Alors j’en profite pour documenter le plus de choses possibles : objets, végétations, débris, lavabos… Après une petite grimpette me voilà à l’étage. L’effondrement du bâtiment est si généralisé qu’il est impossible de visiter certaines pièces. Miraculeusement épargnés, certains jouets sont encore là, témoignant du passé de colonie de vacances du «Clos des Fées». Jolie surprise aussi que de tomber sur des vieux disques vinyles, comme ce coffret France Gall (datant de 1982, et contenant à l’origine 3 disques 33 tours) ce disque de Yvette Horner (1964) ou cette compilation «Parade des Succès N°29» datant de 1977. |
Quelques pas plus loin je passe une porte et découvre en me retournant un fantastique (bien que très délabré) escalier en colimaçon, vermoulu au possible, et sublime avec cette teinte verdâtre. Je réalise à ce moment que c’est une image que je voyais passer depuis quelques années sur Internet, sans savoir que c’est ici qu’il était situé. Quelle beauté ! Evidemment, vu l’état du bois, il est hors de question de tenter d’y monter, et de toute façon les planchers étant tous effondrés, il est impossible d’accéder aux combles du bâtiment… En regardant autour de l’escalier vous constaterez que tout est dans un état de délabrement très avancé, au point qu’il faut marcher (pour deux mètres) sur une planche pour passer d’une pièce à une autre. Niveau de dangerosité : 5 étoiles ! |
Ci-dessous une photo de plus près : |
Ci-dessous, des photos prises dans la (très) grande pièce située juste après le bel escalier en colimaçon. A cet endroit du château nous sommes juste au-dessus du réfectoire vu en début de visite. Quelle beauté que cette immense salle. A n’en point douter c’était un vaste salon où étaient reçus les invités. Vous verrez que j’apparais sur une des photos, le but étant de donner l’échelle humain et mieux se rendre compte de la taille de la pièce. Ce qui est fascinant avec cette partie du château, c’est le fait que la pièce soit ouverte sur l’extérieur suite à l’effondrement du toit. Cette entrée de la lumière et les arbustes poussant ici donne un caractère particulièrement poétique à cette partie du château. |
La visite continue en découvrant le sommet de l’escalier brûlé vu dans la pièce contenant des os. Ici, le feu as fait mal de dégâts et c’est en prenant mille précautions que l’exploration se fait. |
Passant une porte, je m’attends à trouver des pièces au plancher défoncé donnant sur du vide, mais, surprise, je découvre d’autres pièces, certes en mauvais état, mais contenant encore de belles choses à voir. En fait, tout est si vieillot (années 60/70) que je me demande à un moment si le dernier propriétaire prenait le temps de venir ici. Quand on y réfléchit, le «Clos des Fées» fut une colonie de vacances durant les années 70, mais pour autant il semble qu’après avoir été racheté au début des années 80 par Xavier Maillet, celui-ci n’a pas pris le temps de débarrasser tout ce qui avait un lien avec la colonie de vacances. Ceci explique donc la présence de jouets, de disques, et surtout des nombreux lits que l’on peut voir sur les photos ci-dessous. |
Continuant ma visite, j’ouvre une porte et m’aperçoit que je suis au sommet du château, mes yeux contemplant le précipice vu plus tôt, mis d’en bas. Au loin, plissant les yeux, je peux presque apercevoir la mer au loin… Quel spectacle que cette tour fracassée. Allez, trêve de prises de risques, je redescends au rez-de-chaussée. |
Collé au château, la dernière chose que je visite du «Clos des Fées» est le petit bâtiment abritant les sanitaires et les douches. Encore en bon état (et jolies avec ces fleurs orange typique des années 70) je les documente rapidement, heureux de trouver (après toutes ces années) autant de traces de la colonie de vacances. |
Rangeant mon matériel, je rejoins mes camarades occupés eux aussi à photographier la majestueuse ruine, puis nous décidons de rentrer. Passant devant un mur, j’aperçois alors une inscription : «…Il faut que je me rejouiffe au deffus du tems» que je traduirais par «Il faut que je me réjouisse au-dessus du temps». Au début j’imagine que la phrase est de Louis Besnard, mais une recherche Google m’apprend que la phrase est issue du livre «A rebours» (sorti en 184) de Joris-Karl Huysmans (1848 - 1907). Selon Wikipédia, «la particularité de ce roman est qu'il ne s'y passe presque rien : la narration se concentre essentiellement sur le personnage principal, Jean des Esseintes, un antihéros maladif, esthète et excentrique, et constitue une sorte de catalogue de ses goûts et dégoûts». |

Enfin, une fois sortis du site, nous découvrons accrochée sur la palissade ceinturant le château une pancarte indiquant qu’un projet de réhabilitation (daté de 2021) démarrera bientôt. Ainsi prends fin cette visite du «Clos des Fées». Pour rappel, les photos présentées dans le reportage ci-dessus datent de deux visites effectuées en 2022 et 2023. |

Ci-dessous, des photos prises au drone : |
Quelque temps plus tard, mon livre «Glauque-Land, 25 Ans d’Urbex en France» parait. A l’intérieur, le «Clos des Fées» est présenté sous un nom fictif «Le Château des Sœurs» avec en plus des photos (et comme pour chaque lieu du livre) une page de journal intime fictif, mais basé sur la réalité historique du lieu. Pour le «Clos des Fées» j’ai imaginé le réveil d’une jeune pensionnaire en 1963, déambulant dans le château. Un grand merci à Edith Blaind qui a relu mon texte et y a apporté les corrections nécessaires. Voici le texte : |
Journal de Françoise, 13ans, le 24 Mars 1963
«Ce matin je
me suis réveillée plus tôt que prévu. Je ne saurais dire pourquoi, c’est
comme si mon corps m’avait dit «Allez, il est six heures, tu es en pleine
forme, debout Françoise !» J’ai bien essayé de me rendormir mais il
n’y avait rien à faire. Il fallait que je commence ma journée, que je
trouve quelque chose à faire. Je me suis alors dit que je pourrais aider
à installer le petit déjeuner, il devait bien y avoir quelqu’un dans
le réfectoire à cette heure-là. Sortant très lentement de mon lit, je
me suis habillée sommairement et suis sortie du dortoir sans réveiller
mes camarades. Descendant le bel escalier en colimaçon sans le faire
grincer une seule fois, je me coiffais à la hâte en passant devant les
lavabos, puis arrivais au réfectoire.
A cette heure matinale il était plongé dans l’obscurité, et j’avoue qu’il me faisait un peu peur. Comme la colonie de vacances est installée dans un château, certaines pièces ont un côté solennel, un peu comme dans une église ou un temple. Ici, je me sentais observée, presque jugée par ces grandes colonnes… Perdue dans ma contemplation j’ai alors entendu un chant venir de la cuisine, située au bout de la salle. La porte était entrouverte et un filet de lumière en sortait. Le chant émanant de la cuisine était superbe. Je reconnus la voix de Sœur Alexandre, mais pas le chant religieux qu’elle chantait. Voulant essayer d’en distinguer les paroles, je me suis approchée à pas de loup. Ce n’était pas un cantique ou une prière, mais une chanson. J’avais un peu honte d’être là presque à espionner Sœur Alexandre, mais interrompre un tel chant aurait été un crime ! J’ai encore les paroles en tête : «Le soleil s’est levé, déchirant le brouillard, je vais pouvoir chanter, crier, crier victoire, il est venu ce jour, à force de prier, l’amour, l’amour, l’amour…» Lorsque Sœur Alexandre eut apparemment fini de chanter, je tapais doucement à la porte et lui expliquais la raison de ma présence matinale. Elle parut surprise, mais à la fois heureuse, d’humeur légère. Elle me proposa de couper le pain que le boulanger venait de livrer. Il sentait si bon, et était si chaud ! Ce moment à aider Sœur Alexandre était magique, comme suspendu dans le temps. C’est comme si l’espace d’un instant il n’y avait qu’elle et moi qui existions sur Terre, quelle étrange sensation ! Quelques instants plus tard, après avoir déposé les tartines encore tièdes dans le réfectoire et vérifié que rien ne manquait, j’entendais un brouhaha venant de l’étage : mes camarades arrivaient pour le petit déjeuner. Tout le monde s’installa, et le silence se fit lorsque Mère Saint-Maurice nous exhorta à entonner le chant que nous récitions à chaque petit déjeuner : «Béni soit le labeur des paysans de France. Maître des moissons, fais que leurs efforts assurent à tous nos frères le pain quotidien. Et s’il vient un jour à manquer en France, souviens-toi de ce jour où pour une foule immense Tu le multiplias.» Cette après-midi je parlais à Edith et Sophie de la chanson que chantais Sœur Alexandre dans la cuisine. Elles ne la connaissaient pas non plus, mais une chose était sûre, ça n’avait rien de religieux, on aurait dit quelque chose qu’aurait pu chanter Françoise Hardy ou Sylvie Vartan. Sœur Alexandre ? Chanter ce genre de chanson ? Cela nous étonna, les bonnes sœurs sont mariées à Dieu ! Mais qui sait, personne n’est à l’abri d’un coup de foudre ? Après tout, nous avions vues une fois une religieuse ranger un rouge à lèvres dans sa poche…» |
Nous arrivons à 2024, année où les choses semblent bouger sur place. En effet, le projet de réhabilitation semble se concrétiser un peu plus, et des images de mises en situation apparaissent sur le site «Urgences Patrimoine». Au vu des images, il semble que le destin du château soit de disparaitre aux trois quarts. Je vous invite à lire l’article en cliquant ici ou sur les images ci-dessous. |
Mars 2026, un post
apparait sur la page Facebook «Urgences
Patrimoine». En voici le texte, avec la photo qui va avec. Cliquez
dessus pour le lire sur Facebook. |