L’Usine Renault sur l’Ile Seguin fut un endroit incroyable à visiter. J’ai eu la chance d’y aller une dizaine de fois, de jour comme de nuit, et le spectacle y était exceptionnel. Abandonnée depuis 1992, détruite en 2004, elle fut laissée là pendant douze ans, les taggueurs et les explorateurs se régalant d’un tel endroit. Si vous avez 50 minutes devant vous, et avant de regarder les photos présentes sur cette page, je vous propose ci-dessous l’excellent documentaire «L’Ile Seguin : De Renault à Pinault» réalisé par Frédéric Biamonti et diffusé le 1er Décembre 2002 sur France 5, featuring Jean Nouvel et Tadao Ando, dont le projet fut finalement annulé.
 
 
 




L’Ile fait près d’un kilomètre de long, et une simple visite durait environ trois heures minimum, le temps de tout voir, d’admirer tous les beaux points de vue, les détails architecturaux, et de se reposer quelque part pour reprendre son souffle (aller et retour, sans compter les escaliers, la visite était assez sportive). Pour entrer, il fallait grimper sur le toit du pont tunnel sans regarder en bas. On pouvait ainsi accéder à l’usine en passant par les toits, ou en profitant d'un trou à l’entrée du même pont.


Vidéo ci-dessous tournée le 5 Mars 2000.



Une fois sur le toit, on passait à l'Intérieur d'un mur creux, et vous voilà sur les toits, avec un splendide point de vue sur la Seine. L'usine était un véritable paquebot rouillé qui flotte sur la Seine. Comme un gigantesque vaisseau Star Wars qui se serait écrasé, avec un sigle Renault à l’avant. La forme est brutale, massive, fonctionnelle, comme une forteresse flottante, amarrée par ses deux ponts de chaque coté. Ca me rappelle la Super Défense Forteresse de la série Macross / Robotech, pour l'aspect porte-avions. On peut aussi penser que les milliards de fenêtres donnent un coté Titanic échoué dans le Sud-Ouest de Paris.


Sur le toit, on a une vue imprenable. D’abord, sur les toits des verrières, on voit tout ce qui se passe en dehors de l’île. C’est rigolo car on est venus pour voir l’usine, et une fois dedans, enfin dessus, on ne fait que regarder ce qui s’y passe en dehors, sur l'autre rive. Une certaine fierté vous envahit, car nous sommes «là où on ne devrait pas être» (ah, l’interdit…) et des gens nous voient, de l'autre coté, se demandant pourquoi nous sommes là, comment nous sommes entrés. Vu l’entreprise pour y entrer, et les distances, on pouvait se permettre presque tout, car le temps que quelqu’un vienne nous chercher (Police, Vigile) on avait largement le temps de se planquer dans une des mille cachettes que recelait cette île.




Des fois, on croisait des mouettes. Lorsqu’il faisait très beau, on était agréablement bien rafraîchi et calmé par les vents assez violents balayant l’île. Pas de végétation, à part quelques herbes et arbres poussant ici et là, surtout au bord de l'île, à ses extrémités. D’en haut, on se rendait compte encore plus de l’immensité du lieu, on avait du mal à réaliser comme de l’extérieur, l’endroit fait «fermé» alors qu’une fois dedans, on ne sait plus quoi regarder tellement les perspectives sont violentes, et le regard, libre. Du haut des toits, on pouvait également assister au 14 Juillet, par hasard, avec la Tour Eiffel au loin. Du haut des toits, on pouvait aussi constater l'étendue des dégâts lors de la démolition...






Partout où l’on posait son regard, la Mort était présente. Tout le bâtiment était à présent inutile, n’avait plus de fonction, ne servait plus à rien, il ne nous restait plus qu’à contempler l’absence. Le regard cherchait partout une trace de vie, un signe nous renseignant sur la façon dont la vie se déroulait sur l’île : chaînes de montages, ateliers de peinture, salle des machines, relevés électriques. C’est un réflexe : on ne supporte pas de voir tout ce vide, et on se pose des questions, «A quoi servait cette salle ? Quelles machines pouvaient bien s’y trouver ? Où sont passé les ouvriers ?» Certains endroits sont évidents, comme les vestiaires, les douches, les bureaux. On ouvre les casiers uns par uns, espérant trouver quelque chose, alors que pleins de gens sont passés avant nous. Quelques rares habits, chaussures et gants traînent ici et là.


La nuit, l’île devenait flippante. Les lumières de l’extérieur se reflétait partout, en marchant, on avait l’impression de voir une lampe de poche balayer l’espace, nous pointant. Notre vue étant floue, assombrie, notre ouïe se tendait au maximum, et nous prêtions beaucoup plus attention aux bruits, des bruits flippants, eux aussi, comme des sons sourds apparaissant d’un seul coup, au loin. Ils se répétaient, et il fallait continuer d’avancer tout droit pour se rendre compte que ça n’était juste qu’une tôle de plastique ballottée par le vent, cognant sur une vitre.


Vidéo ci-dessous tournée le 23 Mars 2002.



Au bout de l’île se situait la salle des machines. Les bonnes grosses machines Alsthom qui ne tournent plus. Cette partie de l’île était la plus intéressante, c’était un dédale de tuyaux rouillés, d’escaliers grinçants qui craquaient, et il y avait la fameuse salle avec l’engrenage que l’on pouvait tourner pour le faire se cogner contre la machine dans un grand DONG !

Lorsque la démolition a été commencée, on ne pouvait m’empêcher de regretter qu’un tel édifice soit détruit, sa mémoire, son histoire (mais surtout le plaisir de pouvoir l’explorer et s’y amuser) Bien sur, ça aurait couté trop cher de réhabiliter un monstre de cette envergure, mais…






En y revenant une fois la démolition commencée, gros coup de blues : adieu le silence, voilà le temps des pelleteuses, les bruits de la ville entrent dans l’île, puisqu’il n’y a plus de coque autour de l’usine. Le grand bâtiment, le plus moderne, trône fièrement là, attendant son tour. On découvre des choses de l’île qu’on ne connaissait pas : un sol constitué de lamelles de bois, un passage souterrain secret, et même une verrière sauvegardée comme souvenir. L’usine semble moins grande, maintenant qu’on en voit le bout. Et voilà, après il n’y eut plus rien. Pinault décida de faire son Musée à Venise, et le Projet de Tadao Ando tomba à l’eau avant qu'un nouveau projet urbain ne vit le jour et occupe actuellement l'île.




Vidéo ci-dessous tournée le 17 Avril 2004.

Ci-dessous, des vues aériennes de 1992, 1994, 1999, 2000 et 2003.









Ci-dessous, des photos de l'usine prises entre 1998 et 2000, très gentiment envoyées par Karma Chicken ! Ah, le charme des photos argentiques. Merci à lui !












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