La personne qui m'avait parlé de cet endroit m'avait prévenu : «C'est une ruine.» Ok. Mais des fois les ruines, c'est beau, et en arrivant devant cette immense bâtisse au toit envolé je fus impressionné par la majesté de l'ensemble. Il faut dire que le fond de l'air humide et les arbres décharnés se marient très bien avec la silhouette pointue, tordue et presque humaine de l'ancien pavillon, dont les fenêtres semblent nous observer silencieusement. Je suis heureux d'être venu en hiver car en été une grande partie du spectacle aurait été caché par les nombreux arbres ceinturant l'édifice. Ci-dessous, la magnifique façade, enfin, ce qu'il en reste.



Ci-dessous, nous nous approchons de l'entrée. Au sol, à gauche sur la photo, de nombreuses poutres gisent encore au sol. En arrivant je ne savais pas depuis combien de temps ce lieu était abandonné, mais c'est toujours amusant de voir des lieux où tout n'a pas été complètement nettoyé.

On découvre parfois des choses qui ont survécu aux intempéries. Des choses à priori sans importance, mais ont un charme fou quand on tombe dessus. Bout de carrelage, interrupteur électrique, inscriptions sur les murs etc. Ces petits détails me fascinent. Ici, c'est la petite entrée en bois, complètement humide, verdâtre, mais toujours présente, qui attire mon regard. Et c'est par là qu'on entre...



Je découvre une grande pièce toute rouge. Toutes ces briques au sol et ces trous au plafond font assez peur… A chaque fois que je vois ça je me dis que c'est dangereux, mais je me dis aussi «Ce lieu est abandonné depuis si longtemps, il n'y a aucune raison pour que je me prenne une brique sur la tête PILE le jour où j'y vais.» Je sais que j'ai tort de me dire ça, mais c'est comme ça que je procède. Je m'imagine la pièce du temps de la splendeur du pavillon, et je me dis qu'elle devait être un peu oppressante. Mais peut-être qu'on ressentait moins le rouge avec tous les meubles, les décorations etc.




Ce plafond est décidemment une vraie passoire…

Un peu plus loin, au bout d'un couloir, il n'y a tout simplement plus du tout de plafond, tout est effondré. Des poutres, métalliques ou en bois, restent en travers du passage. A ces endroits, le lierre se laisse tomber, envahissant tranquillement ce qui reste de la demeure, tandis que la mousse recouvre les briques non protégées.



Etrangement, pour une maison dans un tel état, il reste des fenêtres et des volets. Bon, des volets rouillés, mais d'habitude pour ce genre de ruine il ne reste rien.

Ci-dessoous : V.15-07-87. Cette visite se déroule en 2016, cette inscription a donc 29 ans. C'est assez fou d'imaginer que la personne qui a écrit ça a 29 ans de plus. C'était peut-être un gamin de 10 ans, qui est aujourd'hui à l'aube de la quarantaine. C'était peut-être un jeune homme, aujourd'hui dans la cinquantaine. Sous cet énigmatique «V», un certain Boris a inscrit son prénom. Jj'aime bien ce genre de trace, ça donne un petit cachet sympa au lieu, on s'y sent un peu moins seul. Que trouverais-je sur Géoportail ? Réponse plus loin…

Arrivé derrière le pavillon, je découvre une façade similaire, mais qui fait réellement peur avec toutes ces petites pierres qui semblent tenir par l'opération du Saint Esprit. Comme si un coup de vent allait toutes les faire tomber d'un seul coup. Sur la gauche de la photo on remarque de belles ferronneries, miraculeusement encore présentes, donnant un coté aristocratique au lieu, aujourd'hui dans un triste état. En haut à droite de la photo, une structure métallique a survécu : celle reliant le pavillon à l'électricité.

Me promenant autour de la demeure, je remarque un soupirail. Est-ce qu'il y a des choses intéressantes à la cave ? Pour avoir visité pas mal de lieux dans le même style, je sais un peu à l'avance ce que je vais trouver. Cela ne m'empêche pas d'avoir toujours ce petit frisson d'adrénaline lorsque j'allume ma lampe pour déambuler dans ces grandes caves contenant à chaque fois plus d'une dizaine de pièces : chaufferie, charbon, chambre froide… Il y a toujours un petit quelque chose à voir.

Me voici dans une des pièces du sous-sol. La lumière provient du soupirail vu ci-dessus. Face à moi, un vieux lavabo au fond duquel baignent d'étranges choses rouillées et assez jolies avec toutes ces nuances d'orange, de brun, de vert… Je n'ai pas plongé la main dedans pouvoir si je il y avait un petit trésor (morceau de carrelage, clé…) mais j'aurais bien aimé le faire. Ce sera pour une prochaine visite.

Ci-dessous, l a chaudière ! Enfin je ne sais jamais si c'est une chaudière ou un four, mais c'est quelque chose qu'on voit dans de nombreux manoirs de cette époque. Je dis «de cette époque» mais je n'ai aucune idée de la date de construction du pavillon. En tout cas ça a de la gueule et ça donne un peu de vie à la visite.

Ci-dessous, une des nombreuses pièces vides de la cave.

La pièce ci-dessous est particulière. Je n'y toucherais pour rien au monde à l'étai installé au milieu de la pièce. Au sol, une poudre blanche recouvre toute la pièce. Après y avoir un peu touché, cela semble être de la cendre. De la cendre très ancienne, qui a du se retrouver là après l'incendie qui a ravagé le pavillon.



Il est temps de retrouver la lumière via un escalier assez joli avec cette petite grille d'aération sur la droite, que je n'ai malheureusement pas photographié de plus près. Cette ambiance très verte est vraiment cool à voir en vrai.




En observant le pavillon de loin on devine que ce devait être une chouette baraque. Le fait que la toiture ait disparu lui confère une ambiance particulière, presque comme une maquette dont on aurait soulevé le toit pour observer l'intérieur. Comme une sorte de château Playmobil.

En reculant encore plus loin de l'édifice, l'ambiance est encore plus sympathique. Il y a un petit coté macabre assez enivrant avec la maison abandonnée, les arbres nus, le champ semblant lui aussi à l'abandon… Ne manque plus qu'une citrouille grimaçante sur une épave de tracteur. Admirez le contraste entre au centre le pavillon ravagé et à droite le champ encore en activité, tout vert et plein de vie.

Ci-dessous, un plan plus cinématographique grâce au champ de blé. Ce pavillon doit être sinistrement magnifique de nuit, faudra vraiment revenir pour immortaliser tout ça.

Une dernière photo pour la route, puis nous quittons les lieux. Ce pavillon a vraiment du charme. Bon ok c'est une ruine, il n'y a ni piano ni escalier en colimaçon plein de décorations, mais sa situation, sa silhouette et ce qu'il dégage me plaisent beaucoup. Je reviendrais y faire une vidéo dès que je le peux, en esperant qu'il y ait du vent.

Ci-dessous des photos aériennes. On commence avec 1939. La photo est de mauvaise qualité mais on distingue bien le pavillon. J'imagine qu'il a été construit aux alentours de 1900 mais rien ne permet de l'affirmer.




Ci-dessous, 1947. On distingue un chemin et des arbres là où aujourd'hui il y a un grand champ (celui vu plus haut). On distingue un rectangle blanc juste au-dessus du bâtiment : c'est le terrain de tennis dont on voit un tout petit morceau sur une carte postale ancienne.

Ci-dessous, 1974 : Cette vue est assez exceptionnelle, on ne peut que constater que le pavillon était vraiment immense, et qu'il y avait (surprise) une petite tourelle en forme d'octogone à son extremité. Chose étonnante : la maison est presque entièrement entourée d'arbres. La luminosité ne devait pas être optimale... Je remarque aussi que les chemins que l'on voyait en 1947 (ci-dessus) ont disparu. Il reste tout juste une trace de chemin passant devant la grande maison. Est-ce le signe que le pavillon était abandonné à cette époque ? Ou en vente ?

Ci-dessous, 1981 : Le chemin a définitiement disparu et le terrain de tennis est à l'abandon. Je ne pense pas trop me tromper en imaginant que le lieu est déserté...

Ci-dessous, 1984 :Le terrain de tennis a presque disparu...

Ci-dessous, 1993. Le pavillon semble avoir brûlé car la toiture n'est pas visible et on distingue bien les murs et les différentes pièces que recouvrait la toiture. Nous avons vu tout en haut de cette page une inscription d'un certain "V", datée du 15 Juillet 1987. L'incendie a donc eu lieu entre 1984 et le 15 Juillet 1987.

La vue ci-dessous date de 1996. A partir de cette date, rien ne change : la nature envahit tout, le lieu dépérit et s'effrite peu à peu. Aujourd'hui, en été, ce lieu est probablement complètement invisible, caché aux yeux de tous. Un exemple parfait de patrimoine oublié. L'incendie entre 1984 et 1987 a du être impressionnant...





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