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Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension. |
2017. Se rendre sur place prends un peu de temps, le village fantôme étant situé dans les montagnes. Mais est-ce réellement un village entièrement à l’abandon ? Les gens parlant de ce genre d’endroits aiment l’exagérer pour faire du clic, et une fois sur place, après s’être garé devant une barrière, nous marchons quinze minutes le long de la route avant de découvrir le fameux «village». Village qui en fait n’existe plus, car à part l’église, tout fut démoli dans les soixante. Nous sommes donc à l’emplacement d’un ex-village fantôme, plus exactement un ancien site touristique à l’abandon. En chemin, je croise un curieux lampadaire à six branches me faisant beaucoup penser à une plante, ou une fleur encore en bourgeon. En observant ce lampadaire hors d’usage aujourd’hui recouvert de lierre le long de son «tronc», je me mets à penser que cette fausse plante s’est transformée en vraie plante. Une vision assez poétique me faisant penser à la fausse ruine du Domaine des III Colonnes elle-même devenue une «vraie» ruine. |


Que reste-t-il à voir ? Tout ! Un tout pas gigantesque, très dégradé, mais valant le détour : un petit hôtel, un vieux bar, un restaurant, un parc devenu une vraie jungle, et bien sûr, le bâtiment que tout le monde photographie, unique et impressionnant avec son minaret et son architecture arabisante. De quoi largement satisfaire mon envie d’immortaliser ce qui pourrait bien disparaitre un jour, comme un témoignage d’un immense gâchis. Plusieurs facteurs rendent la visite unique : observer les montagnes et lacs environnant d’aussi haut à travers les fenêtres brisées du bâtiment principal est une expérience fascinante, surtout couplée avec le silence régnant en maître sur place, et interrompu de temps à autre par des cyclistes ou des randonneurs passant par-là, ou le murmure du vent dans les arbres ayant poussé ici au fil des décennies. S’assoir un instant aux pieds du minaret et songer à la (courte) splendeur passée du lieu est également intéressant. On ressent une certaine mélancolie en imaginant l’ancien hameau aujourd’hui disparu, les touristes découvrant les lieux, puis l’abandon progressif et enfin l’oubli. En fin de visite je croise un vieux monsieur me regardant d’un air suspicieux. Je le salue. Peut-être a-t-il connu le site lorsqu’il était actif ? Peut-être a-t-il des choses à raconter ? Je n’obtiens pas de réponse à mon salut. J’imagine qu’il doit voir passer des centaines de touristes comme moi venus explorer le site, et doit être lassé de ce constant défilé. |


A un endroit, je découvre une vieille (et petite) locomotive. |
L’occasion est trop belle pour ne pas faire une photo de groupe avec mes camarades d’exploration : |
Ci-dessous le dessin réalisé pour le livre «Urbex Europe» : |

Histoire : Au début des années 60 un riche comte et entrepreneur achète le site pour en faire un lieu touristique. Pour cela il faut raser la quasi-totalité du hameau existant : seule l’église est préservée. Une nouvelle route est construite pour que les camions puissent aller jusqu’au village. Durant cette période, de nombreux habitants fuient le village pour vivre en ville, tandis que d’autres restent, espérant que le boom de la station touristique attirera des touristes, à qui ils pourront vendre leurs produits. Malheureusement, au fur et à mesure que la construction avance, et au grand dam des habitants locaux, les intentions du comte deviennent plus claires : il est en fait en train de construire une sorte de petit Las Vegas montagnard. Vers la fin des années 60, les nombreux travaux entrainent un glissement de terrain, coupant la route menant au site. Au début des années 80 le comte fait réparer l’accès, mais c’est trop tard : après une première visite motivée par l’attrait de la nouveauté, les touristes ne reviennent pas, et même les locaux quittent le village. Les structures sont abandonnées au milieu des années 90, en même temps que la mort du comte. En guise de dernier acte, une rave-party est organisée vers la fin des années 2000, au cours de laquelle de nombreuses dégradations ont lieu. |