Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.


Voilà une visite qui fut des plus intéressantes, et ce pour trois raisons. La première, c’est que nous avons découvert cette brasserie par hasard. Un lieu trouvé par hasard a un charme unique mêlant mystère et adrénaline : sera-t-il accessible ? Et si oui, que trouvera-t-on dedans ? La deuxième raison concernant ce lieu, est, comme vous le verrez plus bas, son architecture insolite. Enfin, la troisième raison est sa localisation tout ce qu’il y a de plus charmante en bord de fleuve.

Mais tout d’abord un peu de contexte : lors d’un road trip avec Aude et Guillaume, nous avions prévu d’explorer plusieurs lieux à l’abandon, dont un site industriel (assez prometteur) au bord d’un fleuve. Arrivés tôt le matin, nous constatons que celui-ci est bien fermé, probablement gardienné, et que des travaux sont en cours à l’intérieur. Assez déçus (mais heureux que le site soit en voie de réhabilitation) nous retournons à la voiture en discutant du deuxième lieu que nous avions prévus d’explorer. Lors de ce genre de road trip nous avons toujours plus de lieux à visiter que prévu au cas où certains seraient inaccessibles (car fermés, gardiennés, réhabilités, rasés etc). Des lieux «de rechange» qui parfois peuvent parfois s’avérer tout aussi intéressants que ceux que nous voulons visiter en priorité.

En chemin, alors que je regarde où est situé le fameux lieu «de rechange» qui en toute logique devrait être notre prochain objectif, Aude et Guillaume aperçoivent un curieux bâtiment de l’autre côté du fleuve, quasiment en face du site industriel où nous n’avons pas pu entrer : massif, gris et sans fenêtres, son apparence insolite nous intrigue : qui peut bien travailler dans un bâtiment sans fenêtres ? Consultant Google Maps afin de de connaitre la fonction du lieu, nous découvrons que c’est une brasserie, qu’elle est fermée depuis plusieurs années, et qu’elle serait à priori à l’abandon... Ni une ni deux, nous nous mettons en route, en espérant que le site sera accessible.

Une dizaine de minutes plus tard, après être passés devant le bâtiment et avoir constaté qu’il était bel et bien à l’abandon, nous nous garons (un peu trop) à proximité du site et avançons discrètement vers l’objectif. Comme d’habitude, nous passons par derrière (discrétion oblige) à la recherche d’un point d’accès. Durant ce moment je prends tout de même le temps d’immortaliser le côté du bâtiment, franchement photogénique avec ses airs d’immeuble de bureaux soviétique…

C’est assez facilement que nous trouvons une fenêtre ouverte nous permettant de nous glisser à l’intérieur de la brasserie sans encombre. Le temps de réaliser que les bruits qui nous entendons dans un couloir à quelques mètres de nous ne sont que des gouttes d’eau et pas un squatteur, nous ne perdons pas de temps et gravissons quatre à quatre les marches de l’escalier de service pour arriver au sommet du fascinant immeuble. Cette montée, bien que franchement fatigante, est cependant très pratique, car une fois tout en haut, tout le reste de la visite sera une partie de plaisir car il n’y aura qu’à tranquillement descendre les escaliers…

Ci-dessous, des photos prises depuis le sommet. La vue sur le fleuve est si belle que nous ne nous posons pas du tout la question de savoir si le site est gardienné. Le pouvoir apaisant de l’eau, sûrement... Sur la porte menant au toit terrasse je remarque un petit squelette en plastique (décoration d’Halloween ?) accroché à la poignée. Un petit avertissement qu’en cas de chute depuis le toit c’est la mort assurée ?







La visite commence alors «vraiment» : redescendant les escaliers, nous découvrons une zone atypique, remplie d’objets divers, mais surtout, qu’est-ce que c’est que cette structure en béton qui n’a (à priori) jamais été utilisée ? La réponse viendra plus bas, dans les étages inférieurs. En attendant, nous prenons le temps de documenter ce que nous pouvons, toujours aussi ravis de nous trouver dans ce lieu si particulier que nous n’avions pas du tout prévu de visiter. Ici et là, du matériel lié à la brasserie, des chopines, des étiquettes, tout un fatras plutôt original, et surtout, une question : pourquoi la façade de l’immeuble est-elle aveugle, tandis que l’arrière est plutôt ouvert et laisse entrer la lumière ?





















Après avoir assez documenté cette première zone, mes pas me mènent un peu plus loin, dans une partie franchement belle dans sa brutalité architecturale : des escaliers, des poteaux, des poutres, une vue sur la colline avoisinante… Quel spectacle ! Ici, il est quasi obligatoire de poser au moins sur une photo pour que vous vous rendiez mieux compte de la taille de la structure. Mais, encore une fois, à quoi servait tout cela ? Comme précisé plus haut, la réponse viendra plus bas, dans les étages inférieurs…























Ci-dessous, Guillaume en plein travail :

Revenant sur mes pas, je documente les deux escaliers de service le temps d’une photo par escalier, puis prends le temps de montrer un autre aspect du bâtiment : il est fichtrement dangereux ! Un peu partout, des trous assurent une chute d’au moins trois ou quatre étages, quand ce n’est pas un aller simple pour le rez-de-chaussée via l’emplacement prévu pour le monte-charge.





Les personnes perspicaces auront facilement deviné pourquoi la zone montrée ci-dessus est vide : c’est tout simplement car le chantier d’installation de la brasserie n’est jamais allé à son terme ! Et pour découvrir ce qui était prévu à cet emplacement, il suffit de descendre d’un niveau pour constater que les immenses espaces étaient prévus pour accueillir tout le matériel de la brasserie. Des cuves, des tuyaux (etc) que l’on peut voir dans une zone plongée dans l’obscurité où je n’ai réalisé qu’une photo avec l’aide de Guillaume et sa lampe frontale, ci-dessous.

Les étages inférieurs suivants étant similaires, je ne prends pas le temps de tous les documenter et décide de me focaliser sur le hall, traversé au pas de course quand nous sommes entrés dans le bâtiment. Et il y a de quoi faire tant le spectacle, si triste soit-il, vaut le coup d’œil. Pour commencer, il y a cette ambiance de dinner américain qui a subi les affres du vandalisme. Et pour cause : je m’aperçois que plusieurs portes donnant sur la rue sont ouvertes ! Des accès que nous aurions pu emprunter au moment de notre arrivée, mais, après réflexion, non, ils sont bien trop voyants, quelqu’un aurait pu nous voir et appeler (à raison) la Police. Nous avons bien fait de passer par derrière.

Me retournant, je documente alors la belle fresque murale. Représentant des chevaliers guerroyant, elle me rappelle le dos de l’album «Lizard» de King Crimson, et c’est avec dans la tête le morceau éponyme de cet album que je prends mes photos à cet endroit de la brasserie. Quelle est la signification de ces chevaliers ? Une petite recherche m’apprend que l’eau du fleuve en face de la brasserie (réputée pour sa qualité dans la fabrication de la bière) signifie «rivière royale».





















Nous avons vu plus haut des photos des fauteuils à l’ambiance de dinner américain. Ci-dessous, voici des photos du bar situé juste à côté, qui de toute évidence était un lieu de dégustation pour les clients. Pêlemêle, des tasses côtoient des bouteilles, des clés ainsi que divers documents liés à l’activité de la brasserie. Vous verrez sur certaines photos des seaux installés là à cause des fuites dans le plafond. Ce sont les sons de ces gouttes qui nous ont fait peur en tout début de visite : le son, amplifié par le hall, nous faisait penser que le lieu était squatté…





















Plus loin, en passant une porte, je découvre toute la partie administrative de la brasserie, ainsi que l’ancienne salle de restaurant, vide et pas spécialement intéressante. Voyant qu’il reste un niveau inférieur à explorer, je découvre un bel escalier que je m’empresse de documenter tellement il est joli. Au sol, posé contre un vieux meuble abandonné là, une panneau explique la fabrication de la bière : «Das geschrotete Malz wird unter Zugabe von Wasser, Hopfen und Hefe zu Bier verarbeitet», soit en français : «Le malt concassé est transformé en bière par ajout d'eau, de houblon et de levure».





Regardant mon smartphone, je réalise que cela fait un peu plus de deux heures que nous sommes sur place. Le temps file tellement vite ! Pensant être arrivé au bout de notre visite, je consulte les photos prises avec mon appareil quand j’entends des voix m’appeler : Guillaume et Aude me demandent de venir dans la pièce juste à côté du bel escalier métallique. Une pièce que j’avais complètement zappé, accessible via une banale porte…

Ce que je découvre alors est magnifique et complètement inattendu : sous le hall vu plus haut (celui avec la fresque murale) sont installées deux petites pistes de bowling ! Probablement pour les clients réguliers ? Assez datées, et encore dans leur jus (cocasse, pour une brasserie) le petit bowling a encore beaucoup de charme avec son panneau électronique multicolore et ses quilles toujours sur place. Mais ce n’est pas tout : les chaussures sont toujours là ! Quelle surprise, dire que nous étions venus pour explorer une usine et que nous nous retrouvons finalement dans une fantastique brasserie à l’architecture atypique et encore remplie de nombreux objets liés à son activité… Quelle visite mémorable !







Assez fatigués après être resté aussi longtemps sur place, Aude, Guillaume et moi sortons du bâtiment de la même façon que nous y sommes entrés, et nous posons quelques minutes le temps de prendre quelques clichés au drone. Sur la dizaine de clichés réalisés ce jour-là, je ne peux malheureusement vous en montrer qu’un seul qui ne révèle pas la localisation du lieu : l’arrière du bâtiment.

On voit bien ci-dessous les parties ouvertes (la zone «brutaliste» vue en début de visite) mais aussi les parties fermées (juste en-dessous) qui abritent des installations liées à l’activité de brasserie du site (photo du couloir jaune et bleu plus haut). J’imagine que le but était d’installer des cuves dans tout le bâtiment, puis de tout cloisonner au fur et à mesure. Le bâtiment aurait alors été complètement aveugle. Une architecture réellement étonnante que je n’ai jamais vue ailleurs.

Considéré comme une tour plutôt qu’un bâtiment, cette brasserie construite en 1970 était une des plus grandes d’Europe. Peu après son ouverture, la brasserie fut la première à bénéficier d’une installation de remplissage automatique pour fûts en acier inoxydables ainsi qu’une installation de traitement des eaux usées. Une vingtaine d’années plus tard, le site est racheté par un grand groupe, et plusieurs bières sont fabriquées sur place (d’où les différentes étiquettes vues sur place).

Divers problèmes financiers font que le site fit faillite au début des années 2020. Dure destinée pour ce groupe dont l’activité de brassage datait de la fin du XVIIème siècle… Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est si le bâtiment (qui à priori n’a jamais été rempli en entier) est resté ainsi «ouvert à l’arrière» des années 70 à nos jours. Anecdote finale : une fois sortis, nous nous sommes rendu compte que la zone à l’abandon était bien plus vaste que prévue : seraient potentiellement visitables. Ce sont les bâtiments que l’on voit en haut à gauche sur la photo prise avec le drone ci-dessus. Que contiennent ces installations ? Ce sera peut-être l’objet d’une deuxième visite.