Important : Pour des raisons de confidentialité, de conservation, de sécurité (etc) je ne donnerais pas la localisation de cet endroit. Merci de votre compréhension.


Novembre 2017. Un vaste domaine agricole au milieu de nulle part, une «quinta», comme on les appelle au Portugal. A une demi-heure au sud de Lisbonne, sur les rives du Tage, je réalise que c’est la première fois que j’explore une ferme de ce genre. Et quelle ferme ! Je suis dans un de ces domaines historiques tenus par des grandes familles de propriétaires terriens. Il y a un côté «hacienda» charmant au possible quand l’on débarque dans ce genre d’endroit où les jeux d’ombres et de lumière sont très marqués sur les murs blanchis à la chaux. S’ajoutent à la magie du lieu le calme, le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles d’eucalyptus. Impossible pour moi de ne pas tomber sous le charme de cette quiétude campagnarde.

Avançant lentement, je crois deviner une chapelle. Un lieu de prière privé pour la famille comme on en trouve souvent dans ce genre de domaine. Le style architectural rappelle les églises espagnoles ou mexicaines, et malheureusement la cloche a disparu. A l’intérieur, aucune trace de l’autel ou autres objets de cultes. Au sol, un dalle est tout de même toujours là. Mes connaissances en latin ou en portugais étant limitées, je ne comprends pas ce qui est gravé, mais qui sait, peut-être que quelqu’un m’écrira un jour. Cliquez ici si vous voulez voir la photo en taille originale.















Il est temps de se diriger vers le bâtiment principal. Son état ne laisse aucun doute sur le délaissement de cette ferme qui, compte-tenu de sa taille, devait être florissante. Plusieurs bâtiments forment cet ensemble exceptionnel. Avant de me lancer dans la visite systématique des installations, j’identifie tout d’abord, la maison des propriétaires avec ses toits de tuiles. La façade est ornée d’un escalier menant à une terrasse dont la rambarde n’existe plus, qui desservait les pièces d’habitation de la maison. A l’angle, un genre de tour carrée s’élevait au-dessus du faîte. Au rez-de-chaussée, une série d’arcades donnait sur ce qui devait être un jardin intérieur. La toiture est sacrément endommagée et les fenêtres ont été enlevées. Je m’aventure à l’intérieur et comme je le pressentais, les pièces sont vides et en très mauvais état, au point que je renonce à explorer l’étage où le plancher, trop défoncé à mon goût, risquant de s’écrouler sous mon poids. J’ai tout de même un certain plaisir à admirer le volume de cette demeure qui devait être prestigieuse

















Je poursuis ma balade et tombe sur le corps de ferme et les anciennes écuries. Les abreuvoirs sont toujours en place. Sur l’un d’eux, je peux lire une inscription : «JMC -3-5-1957», est-ce la date de construction de la ferme ? Le lieu me semble pourtant bien plus ancien que ça, mais je n’ai pas assez d’élément pour le comprendre.





Plus loin, à côté de magnifiques arches (à la fonction énigmatique) je crois voir un décor en relief. Je m’approche et en effet, je découvre un bassin orné de motifs en stuc et de guirlandes de coquillages entourés de croix chrétienne. Un décor plutôt rococo qui habille admirablement ce mur d’enceinte. Je prends le temps de profiter de ce bel endroit où je ne cesse de me repasser la musique du film «Pour une poignée de dollars», dont je ne me lasse jamais. Si je me laisse aller, je pourrais presque piquer un petit somme à l’ombre d’un palmier.





Revenant vers le bâtiment, j’explore certaines pièces oubliées lors de mon premier passage. Et, comme lors de la première visite quelques instants auparavant, il n’y a malheureusement plus grand-chose tellement le lieu s’est dégradé au fil des années. Certains points de vue sont toutefois sympathiques avec la végétation visible via certains passages.













Faisant le tour du bâtiment, j’arrive à un point de vue particulièrement photogénique, avec les deux cours carrées et le palmier ayant poussé à côté. Ces éléments et l’escalier permettant d’accéder à une petite terrasse (bien trop dangereuse pour y monter) composent un tableau assez magnifique, que je suis très heureux de documenter. Chose qui fait plaisir aussi : pas un seul tag sur les murs de la bâtisse ! Montant les marches de l’escalier, j’admire le temps d’un court instant la vue sur le marais, que l’on ne voit pas du tout en temps normal à cause du mur ceinturant la quinta.

















La visite est-elle terminée ? Il semble que oui. Revenant sur mes pas, je découvre un relief religieux plutôt joli non loin des arches vues auparavant. Ici aussi on a pris soin de coller des coquillages au mur. Une jolie vision qui clôt en beauté cette exploration… Mais ce n’est pas tout ! Au moment de repartir je tombe sur deux choses intéressantes : 1) un pochoir de personnage papillon vraiment réussi avec son chapeau clochette 2) des inscriptions très probablement gravées par de précédents visiteurs : je distingue «Noemia» et «Miguel».







Ci-dessous le dessin réalisé pour le livre «Urbex Europe». J’ai pris la liberté d’inscrire quelque chose sur la tombe : «TOLLE TANTUM IMAGINAE / RELINQUERE SOLUM UESTIGIA» qui se traduirait par «Ne prenez que des images, ne laissez que des traces», variation sur la fameuse devise « Take Nothing But Pictures, Leave Nothing But Footprints» («Ne prenez rien d'autre que des photos, ne laissez rien d'autre que des empreintes de pas»)

Il existe peu de documentation sur ce domaine agricole. J’ai juste trouvé une trace de datation qui se situerait au 17e siècle, période de sa fondation. Deux domaines ont été associés mais je n’ai pas trouvé la raison de cette unification. Le lieu a ensuite été racheté début XXème siècle par des étrangers, puis utilisé un certain temps avant d'être abandonné on ne sait trop quand. La seule certitude est le pillage du lieu dans les années 1990. Les structures furent renforcées pour tenter de sauver le bâtiment, du moins éviter qu'il ne s'effondre totalement sur lui-même. Ci-dessous des vues aériennes allant de 2021 et 2023 :